mardi 27 février 2007

THE DEPARTED (2006)

Réalisé par Martin Scorsese. Écrit par William Monahan d’après un scénario original de Siu Fai Mak et Felix Chong.
(vu le 25 février 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol. 2 No. 5 le 14 mars 2007)

Avec The Departed, Scorsese aura enfin eu sa consécration : meilleurs film, réalisation, montage et scénario adapté. Peut-être il la méritait davantage pour Goodfellas ou Raging Bulls, mais toujours est-il qu’il n’a pas volé ses statuettes. En effet, le film est extrêmement efficace. Le montage de Thelma Schoonmaker, collaboratrice de longue date, est particulièrement innovateur et rythmé. Il agit tel un rush d’adrénaline dès les premiers moments et ne relâche jamais. Avec une bonne dose d’humour, cette histoire brutale d’apparences trompeuses à propos du monde du crime et le combat de celui-ci laisse place à beaucoup d’actions et à des performances admirables d’acteurs. Seules la longueur du film, qui entraîne une certaine désensibilisation chez le téléspectateur, et l’hécatombe finale, rappelant une tragédie grecque, pourraient être des bémols à apporter. En somme, les Oscars, dans une soirée multiculturelle, auront célébré un film typiquement américain (violence, blasphèmes, mensonges et trahisons), mais réellement compétent. 8/10

dimanche 25 février 2007

THE PRESTIGE (2006)

Réalisé par Christopher Nolan. Écrit par Christopher et Jonathan Nolan d’après un roman de Christopher Priest.
(vu le 24 février 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol. 2 No. 5 le 14 mars 2007)

Il est amusant de noter que cette histoire de rivalité entre deux magiciens sort l’année où deux films majeurs traitant de prestidigitateurs se retrouvent en compétition pour l’Oscar de la meilleure cinématographie. Même si aucun ne l’a remporté, ce nouveau film de Christopher Nolan (Memento) est supérieur en tout point à son concurrent, The Illusionist. Seule ombre au tableau : l’enchevêtrement de trois narrateurs rend le film très littéraire, ce qui pourrait déplaire à plusieurs. Malgré cela, la qualité du mystère entourant l’histoire et l’intrigante finale devraient combler le spectateur. De plus, l’ensemble joue dans le ton (les fans de Bowie seront agréablement surpris par son petit rôle) et l’esthétique du film est impeccable. En somme, il fait exactement ce qu’il annonce: il nous présente quelque chose d’ordinaire, le transforme et l’expose finalement sans que nous ne comprenions nécessairement, nous qui ne regardons pas réellement et qui préférons être dupés. 7,5/10

samedi 24 février 2007

FLUSHED AWAY (2006)

Réalisé par David Bowers et Sam Fell. Écrit par Dick Clement, Ian La Frenais, Chris Lloyd, Joe Keenan et William Davies d’après une histoire de Peter Lord.
(vu le 23 février 2007; format 150 mots; disponible également sur le site du journal Bang Bang www.bangbangtemort.com)

Un rat domestiqué, habitué à sa cage dorée, Roddy (Hugh Jackman), voulant se débarrasser d’un rat d’égout qui vient d’envahir son territoire, voit la chasse d’eau être tirée après qu’il ait été poussé dans la toilette. David Bowers et Sam Fell nous offrent un film respectant l’esthétique de la boîte d’animation Aardman (Wallace & Gromit), dirigée par Nick Park et Peter Lord. Les élèves n’arrivent toutefois pas à dépasser les maîtres et cette première incursion de la compagnie dans le monde de l’animation digitale, quoique réussie, nous fait regretter le côté organique de la pâte à modeler. Ceci étant dit, ils nous offrent une histoire amusante pleine de rebondissements dans laquelle les rats-gangters minables sont hilarants et où les sangsues volent le spectacle avec chansonnettes et bruitage. En prime, on a droit à une morale suggérant que la pauvreté entourée d’amis est mieux que la triste solitude des riches. 6,5/10

CONFETTI (2006)

Réalisé et écrit par Debbie Isitt.
(Commande du journal Bang Bang; disponible également sur leur site www.bangbangtemort.com; vu le 23 février 2007; format 150 mots)

Confetti est un magazine sur les mariages qui organise un concours visant à célébrer la noce la plus originale. Suite à des auditions peu concluantes, les organisateurs choisissent un couple voulant unir leur destinée sous forme de comédie musicale, un autre tel un match de tennis et un dernier en tant que nudistes. Avec cette idée de départ assez novatrice, la réalisatrice choisit une forme qui l’est un peu moins : celle du faux documentaire improvisé. Dans une facture visuelle à la canal TLC, les acteurs n’arrivent malheureusement pas à recréer ce naturel inimitable qu’ont les gens qui passent dans ces innombrables télé-réalités. De plus, comme cette comédie britannique verse rarement dans l’absurde du propos, on demeure bien loin d’un This is Spinal Tap, C’est lorsque le film critique légèrement cette journée, que l’on veut rendre magique au point qu’elle cesse presque de l’être, qu’il se révèle le plus intéressant. 5,5/10

mercredi 21 février 2007

KAMATAKI (2005)

Réalisé et écrit par Claude Gagnon.
(vu le 20 février 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol. 2 No. 5 le 14 mars 2007)

Un jeune homme, Ken-Antoine (Matthew Smiley, pas toujours égal), fait une tentative de suicide. Afin de le réconcilier avec la vie, sa mère l’envoie au Japon voir son oncle Takuma (Tatsuya Fuji, très bon), potier et philosophe à ses heures. Claude Gagnon (Kenny) met en scène un récit initiatique dans lequel son héros devra vaincre ses peurs, son arrogance et ses préjugés. Après un début très lent, le rythme s’affermit lors du « Kamataki », mise à feu traditionnelle de poterie, créant une métaphore sur ce feu qui doit constamment brûler en nous. Ce film québécois, tourné en anglais et en japonais, est reparti bredouille des Jutra, mais a tout de même reçu une mention spéciale lors de la 56e Berlinade et a raflé plusieurs prix au FFM 2005 (meilleur réalisateur, choix du public…) Ainsi, ceux qui prendront le temps d’apprivoiser cette belle histoire pourraient en être très satisfaits. 7/10

dimanche 18 février 2007

FAST FOOD NATION (2006)

Réalisé et écrit par Richard Linklater d’après un livre de Eric Schlosser.
(commande du journal Bang Bang; vu le 14 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007)

Avec cette fiction, aux airs de documentaire, sur les impacts sociaux et économiques de la malbouffe sur la nation américaine, Richard Linklater tente de réaliser son Nashville. Malheureusement, n’est pas Robert Altman qui veut. Du publicitaire pris dans l’engrenage aux Mexicains sans-papiers travaillant dans les usines dangereuses en passant par les employés adolescents rêvant de se faire la caisse et les jeunes idéalistes contestataires, tous les angles d’approche possibles sont mis en scène, mais on oublie un détail important : créer un scénario interpellant qui saura susciter l’intérêt du spectateur. Tout n’est pas à jeter : certaines vignettes sont intéressantes (surtout celles avec Bruce Willis et Kris Kristofferson) et la fin comprend des images chocs qui marqueront l’esprit. Cette belle opportunité un peu manquée pourrait donc donner des arguments supplémentaires contre cette industrie à ceux qui en ont encore besoin, mais Super size me était plus efficace dans ce sens. 6/10

IDIOCRACY (2006)

Réalisé par Mike Judge. Écrit par Mike Judge et Ethan Cohen.
(commande du journal Bang Bang; vu le 17 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007)

Un simple Joe (Luke Wilson), soldat fainéant, se fait choisir pour une nouvelle mission : se faire congeler pendant un an. Cependant, l’expérience ne se déroule pas telle que prévue. Il se réveille 500 ans plus tard dans un monde qui a tellement régressé qu’il se trouve à être l’homme le plus intelligent de la planète. Avec cette prémisse intéressante, Mike Judge (Office Space) créé un film qui se trouve pris à son propre piège : avec ses personnages unidimensionnels retardés, les blagues du futur ne peuvent qu’être sous la ceinture. Cet humour scabreux donne des situations parfois amusantes, mais l’absence de subtilité finit par nuire à l’ensemble. Les fans de Beavis and Butt-Head et de King of the Hill devraient toutefois être satisfaits et, si on gratte la surface, on peut ultimement y découvrir un discours sur l’importance de faire quelque chose de sa vie et d’obtenir une éducation. 5,5/10

samedi 10 février 2007

EL LABERINTO DEL FAUNO (Le Labyrinthe de Pan) (2006)

Écrit et réalisé par Guillermo del Toro.
(vu le 10 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007 )

Dans l’Espagne fasciste de 1944, un monde où la magie n’a pas sa place, une jeune fille utilise son imagination fertile et son amour des contes pour oublier la grossesse difficile que vit sa mère et échapper à l’emprise d’un beau-père militaire voulant annihiler l’insurrection rebelle. Juxtaposant le réalisme de la violence née de la guerre à une imagerie gothique, cette fable n’est pas pour les enfants. Elle saura toutefois plaire à tous les amateurs de bon cinéma. Utilisant l’aspect « conte de fée » du récit pour faire une métaphore sur le sang innocent qui doit couler afin que, de la résistance populaire, surgisse la justice, Guillermo del Toro crée un film épatant qui, contrairement à certains de ses films, allie cette fois sa grande technique et son amour du fantastique à une histoire profonde et riche en double sens. Décidemment, l’année 2006 aura été celle des réalisateurs mexicains. 8,5/10

THE THREE BURIALS OF MELQUIADES ESTRADA (2005)

Réalisé par Tommy Lee Jones. Écrit par Guillermo Arriaga.
(vu le 9 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007)

Dans sa seconde réalisation, Tommy Lee Jones interprète un cowboy qui tente de respecter la promesse faite à un ami mexicain de transporter sa dépouille en terre natale. Pour ce faire, il kidnappe le patrouilleur frontalier (Barry Pepper) qui l’a tué accidentellement. Après un début dont les nombreux allers-retours temporels rendent le récit inutilement confus, le scénario de Guillermo Arriaga (Babel, Amores Perros) trouve son rythme. Mariant l’anglais et l’espagnol, cette expédition macabre où le deuil, l’aliénation et la rédemption sont au rendez-vous, mais pas toujours la santé mentale, devient alors prenante. La réalisation de Jones s’avère agréablement compétente et la cinématographie est remarquable. De plus, son rôle lui a valu la palme du meilleur acteur au festival de Cannes 2005. Sans nécessairement valoir ni l’un ni l’autre, ce bon drame aux allures westerns pourrait se situer quelque part entre le Dead Man de Jarmush et Unforgiven de Clint Eastwood. 7,5/10

mercredi 7 février 2007

LA SCIENCE DES RÊVES (2006)

Écrit et réalisé par Michel Gondry.
(vu le 6 février 2007; format 150 mots)

Un jeune artiste (Gael Garcia Bernal) vit une certaine distorsion de la réalité, naviguant entre le rêve et le réel. Revenu à Paris dans l’appartement de sa mère pour un travail ennuyant, il s’éprend de sa voisine (Charlotte Gainsbourg.) Michel Gondry (The eternal sunshine of a spotlesss mind) profite de ce récit très autoréférentiel en trois langues pour montrer tout son savoir-faire qu’il a acquis durant ses années en tant que concepteur de vidéoclips ou de publicités. Tout comme dans son film précédent, les séquences oniriques présentent de nombreuses trouvailles visuelles géniales et l’imagerie est très intéressante. Toutefois, la relation amoureuse, avec son petit jeu du chat et de la souris, l’est beaucoup moins et ce, même si les acteurs jouent bien. En somme, sans un Charlie Kaufman au scénario pour l’appuyer, Gondry a concocté un film aux images captivantes, mais avec une trame narrative trop disparate pour maintenir notre intérêt. 6,5/10

dimanche 4 février 2007

CHILDREN OF MEN (2006)

Réalisé par Alfonso Cuaron. Écrit par Alfonso Cuaron, Timothy J. Sexton, David Arata, Mark Fergus et Hawk Ostby d’après un livre de P.D. James.
(vu le 3 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007)

En 2027, dans une Angleterre apocalyptique, les femmes sont stériles depuis 18 ans. Theo Faron, en aidant la mère de son enfant décédé (Julianne Moore), maintenant terroriste dans un groupe pour les droits des immigrants, se retrouve dans une guerre politique à savoir qui utilisera à ses fins le futur bébé-miracle d’une réfugiée illégale. Cette science-fiction allie, avec une fabuleuse cinématographie rappelant parfois un réalisme documentaire, l’imagerie d’un Mad Max avec budget à celle des camps de concentration nazis. La chasse à l’homme est redoutable d'efficacité et comporte des scènes d’une violence inouïe, mais aussi d’une émotion rare. Également, le jeu des acteurs est vraiment supérieur au genre : Clive Owen est excellent dans le rôle du héros malgré lui et Michael Caine, particulièrement dans une scène avec sa femme catatonique, démontre son grand talent. Assurément, Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien) nous livre un des meilleurs films de 2006. 9/10

vendredi 2 février 2007

THE NOTORIOUS BETTY PAGE (2005)

Réalisé par Mary Harron. Écrit par Mary Harron et Guinevere Turner.
(vu le 31 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
Icône culturelle, Bettie Page est pour plusieurs LA pin-up des années 50. Dans ce film, on passe rapidement sur son enfance et les abus sexuels du paternel pour se concentrer sur sa période de gloire et ses nombreuses séances photos. D’ailleurs, Mary Harron (American Psycho) offre davantage une photographie d’époque qu’une biographie conventionnelle, car on y évite toutes références à ses vieux jours (mariage, séjour en institution psychiatrique après avoir poignardé trois personnes.) Tourné principalement en noir et blanc, les images auraient pu être très belles, mais le procédé n’est pas utilisé à son plein potentiel. Gretchen Mol, pour sa part, interprète avec vigueur un personnage pétillant, sans parler de sa plastique parfaite. Hélas, son jeu reste à l’image de la production, c’est-à-dire légèrement superficiel. Cependant, peut-être parce qu’il est réalisé, écrit et produit par des femmes, le sujet est traité avec professionnalisme là où d’autres auraient versé dans l’excès. 6,5/10

jeudi 1 février 2007

WATER (2005)

Écrit et réalisé par Deepa Mehta.
(vu le 31 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
En langue hindoue, cette production canadienne tournée en Inde est passée plutôt inaperçue au Québec, mais se retrouve maintenant en nomination pour l’Oscar du meilleur film étranger. Cette reconnaissance, quoique tardive, est pleinement méritée. Après Fire (1996) et Earth (1998), Deepa Mehta nous raconte l’histoire de veuves, dont une âgée de seulement sept ans, vivant recluses et chastes pour atteindre la pureté que la mémoire de leurs défunts maris mérite supposément. Dans les faits, elles ont recours à la prostitution pour survivre. Avec les propos révolutionnaires de Gandhi en fond historique, on suit le destin tragique de ces femmes, méprisées par leurs pairs, qui attendent d’être libérées par la mort. Malgré quelques montages musicaux inutiles et un rythme lent, le film, avec l’eau comme fil conducteur, possède une belle fluidité. Aussi, le propos, vraiment intéressant, nous permet de connaître une réalité peu connue. Finalement, les couleurs y sont tout simplement magnifiques. 7,5/10

PRETTY POISON (1968)

Réalisé par Noel Black. Écrit par Lorenzo Semple Jr. D’après un roman de Stephen Geller
(vu le 14 janvier 2007; format 150 mots; commande du Journal Bang Bang; publié dans le Vol.2 No.2 de ce dernier le 31 janvier 2007.)

Réalisé un an après Bonnie and Clyde (1967), le film capitalise sur cet engouement du public des années 60 pour ces jeunes amoureux s’engageant sur une voie destructrice. Ceux qui s’attendent à une histoire similaire au film précité seront toutefois surpris par ce thriller et ce, agréablement. Noel Black réalise un film, son meilleur, qui est de son temps : montages psychédéliques, drogue, sexualité et jeunesse inconfortable avec l’autorité. Dans le rôle principal, Anthony Perkins joue, comme dans Psycho, un personnage qui cache un monde fantaisiste dangereux derrière sa naïveté. Sa performance très juste contribua à le confiner malheureusement dans ce type de rôle. Tuesday Weld a, pour sa part, ultérieurement critiqué sa performance, mais elle donne l’innocence nécessaire à son rôle de « joli poison ». Malgré un transfert digital ordinaire, il est bien que cette romance trouble injustement oubliée reçoive une sortie sur DVD pleinement méritée. 7/10