lundi 16 juillet 2007

RIGHT AT YOUR DOOR (2006)

Écrit et réalisé par Chris Gorak
(vu dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blog/Mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 10 juillet 2007; format libre)

Après un générique plantant l’action dans une banlieue ordinaire de Los Angeles, on sait qu’il y aura anguille sous roche dès le moment où la femme s’en va au travail tandis que l’homme reste à la maison (déjà là, il s’agit d’un crime capital dans un film américain…)

Quelques minutes plus tard, le musicien chômeur en question (Rory Cochrane, Dazed and Confused, CSI) entend à la radio qu’une bombe vient d’exploser au centre-ville. Il saute dans sa voiture pour aller rejoindre sa bien-aimée, mais la police bloque les routes pour limiter l’accès à la ville.

Ce départ extrêmement haletant, appuyé par une caméra-épaule efficace, se révèle presque aussi excitant que la première fois qu’on découvre 24. De plus, le chaos social qui s’en suit et le flot d’informations stressantes continuelles de la radio mettent bien en place le thème : la paranoïa.

Écrit en 2003, le timide réalisateur (c’est sa première réalisation, mais il a déjà travaillé avec des grands tels que Gilliam, Fincher, Spielberg, frères Coen) a avoué dans l’entrevue suivant la présentation qu’il avait pondu le scénario en réaction aux événements de septembre 2001 et l’ambiance qu’il y avait alors, et qu’il y a encore, aux États-Unis. De plus, son but était de nous faire voir un attentat du point de vue des victimes, sans parler de ce qui motive le terrorisme. En ce sens, il rejoint en partie Paul Grengrass avec son United 93 et, en plus, son montage empli d’ellipses rappelle le Bloody Sunday du même réalisateur.

Ainsi, son film se concentre autour de ses deux acteurs principaux : Rory Cochrane et Mary McCormack. Après l’explosion de ces bombes chimiques mortelles, le mari doit s’enfermer dans sa maison sans sa femme. Lorsque celle-ci revient, le film perd de son rythme, mais met en place un questionnement intéressant : que ferait-on pour aider celle que l’on aime si on savait qu’elle est contaminée et contagieuse?

Tourné en 19 jours avec 500 000$, le résultat est extrêmement professionnel compte tenu des circonstances. C’est sûr que, par moments, le jeu de Cochrane est un peu trop affligé et que McCormack découpe parfois mal ses intentions et offre des réactions stéréotypées, donnant ainsi l’impression qu’on est dans un épisode-télé, mais, la production reposant entièrement sur leurs épaules et la quantité de texte débitée en si peu de temps étant impressionnante, ils s’en sortent très bien.

Abordant dans le même sens que mon collègue Kristof G. (voir son excellente critique), je ne comprends pas pourquoi le buzz dans Internet est si faible autour du film (seulement 6,1 sur imdb.com) Est-ce le fait que c’est un huit clos? Que cela critique la façon dont les autorités américaines réagissent en temps de crise (Katrina…)? Ou encore que, dans sa volonté de montrer le désarroi des victimes, cela donne presque raison à la peur que les Républicains veulent installer pour justifier leurs budgets?

Pour ma part, j’ai vraiment embarqué et apprécié le voyage malgré une fin sur laquelle on passe en vitesse. À ne pas manquer lors de sa sortie officielle. 7/10

jeudi 12 juillet 2007

EKUSUTE (EXTE:Hair Extensions) (2007)

Réalisé par Sion Sono. Écrit par Masaki Adachi et Sion Sono.
(vu dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blog/Mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 10 juillet 2007; format libre)

Un cadavre retrouvé dans un conteneur empli de cheveux est mis entre les mains d’un employé de la morgue, fétichiste capillaire plutôt déséquilibré. Il décide d’amener à la maison ce corps d’une fille dont la toison pousse sans cesse et de vendre quelques mèches dans les salons de coiffure. Celles qui auront le malheur de les porter mourront d’une manière atroce. L’une de celles sur cette route sanglante est Yuko, apprenti styliste.

Décidemment, j’avais choisi ma journée pour aller préalablement chez la coiffeuse!!!

En fait, je voulais voir Zero City, un des films russes ayant finalement traversé le rideau d’acier, mais la présentation avait été annulée (je dis que ça sent le retour de la Guerre Froide) et remplacée par Hatchet. Comme je ne voulais pas voir la version épurée, je me suis rabattu sur les rallonges de cheveux tueuses… et je n’ai pas été déçu!

Je n’ai d’ailleurs pas été le seul : c’est une salle pratiquement comble et extrêmement réceptive qui a assisté à ce nouveau film de Sion Sono (Suicide Club.)

Dès le départ, lorsque les douaniers découvrent le corps, les dialogues nous confirment que le film est conscient de sa prémisse farfelue et qu’il veut simplement nous divertir, ce qui sera corroboré par la plupart des scènes avec Ren Osugi, le thanatologue désaxé.

Sono a toutefois plusieurs agendas dont celui d’exposer divers types d’abus. Ainsi, à travers Yuko (Chiaki Kuroyama, « Gogo » dans Kill Bill 1), on explore le thème de la violence commise envers les enfants. Sa nièce étant régulièrement frappée par sa demi-sœur, on a le droit à quelques scènes, quoique légèrement appuyées, qui amènent un bon fond de réalisme dramatique à cette histoire fantastique. Certaines altercations avec la dite sœur sont assez prenantes dans l’intensité de cette méchanceté simpliste et la fillette s’avère touchante.

Le réalisateur japonais n’oublie quand même pas les effusions de sang désirées par le public et certains agissements de ce Blob tout en cheveux réussissent à être réellement horrifiants, comme le moment où les rallonges d’une fille se collent au plafond ou, encore, lorsqu'une coiffeuse plante ses ciseaux dans l’oreille d’une cliente.

Ceci étant dit, malgré quelques scènes excellentes, ce mélange entre horreur, comédie, drame et récit policier n’est pas toujours égal : les retours en arrière explicatifs sur les raisons qui poussent les cheveux à tuer sont plutôt inutiles, les monologues de départ de son interprète principale sont mal assumés et la musique, souvent ridicule, est trop prononcée.

Tout de même, cette version trash d’Opération Beurre de Peanut m’a grandement amusé! 6,5/10

mardi 10 juillet 2007

YOUR MOMMY KILLS ANIMALS (2007)

Réalisé et écrit par Curt Johnson.
(dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blog/Mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 9 juillet 2007; format libre)
Pour ma première incursion dans l’édition 2007 de Fantasia (je sais, je suis un peu en retard, mais mon horaire est complètement fou en ce moment; c’est ce qui arrive quand on est en vacances…), je suis allé voir le documentaire Your Mommy Kills Animals de Curt Johnson.

Prévue pour lundi 9 juillet à 17h, cette seconde présentation tombait à point pour tous les estomacs fragiles. En fait, le titre m’avait un peu trompé, car je croyais que c’était sur le végétarisme, sur le fait que maman est une tueuse sanguinaire chaque fois qu’elle met du bœuf haché dans nos burgers. Heureusement que ce n’était pas le cas, parce que j’aurais peut-être regretté avoir mangé sur le pouce à la Belle Pro du coin…

En fait, le film traite des gens militant pour les droits des animaux. On insiste aussi beaucoup sur le fait que, dans l’ère Bush et la paranoïa post-septembre 2001, tout ce qui est contraire au courant de pensée républicain est considéré comme du terrorisme. Le FBI a d’ailleurs déclaré ces activistes « la menace terroriste domestique numéro 1 ». Par contre, essayez de trouver une déclaration du genre pour les manifestants pro-vie qui font sauter des cliniques…

Après un début touffu et assez chaotique où tout le monde essaie de donner son avis sur le sujet à l’intérieur d’images d’archives des années 80 à aujourd’hui, le documentaire s’avère davantage interpellant lorsqu’il s’intéresse à deux membres du Stop Huntington Animals Cruelty (Huntington étant ici une compagnie testant sur les animaux, et non la ville de notre très cher maire Gendron) qui sont en procès pour des propos tenus sur leur site web et pendant une conférence universitaire organisée secrètement par le FBI.

Les deux gars sont simplement de jeunes idéalistes prêts à faire parfois le mauvais choix pour leur cause. Impossible de ne pas les trouver sympathiques et à l’antipode de ce que l’on considérerait terroriste… Lorsqu’on apprend à la fin qu’ils ont eu pour 3 et 6 ans d’emprisonnement ou une amende d’un million de $ pour avoir brandi des pancartes devant des maisons de présidents de compagnie testant sur les animaux et avoir suggéré quoi faire dans Internet pour taper sur les nerfs des dites entreprises, on ne peut qu’être bouche bée devant l’incongruité du système judiciaire américain.

Aimant l’envers de la médaille (son dernier documentaire s’intitulait Michael Moore Hates America), le réalisateur s’empêtre peut-être un peu trop dans les guéguerres entre les groupuscules du droit animalier. Néanmoins, si vous voulez en apprendre plus sur ALF (qui n’est pas l’extraterrestre des années 80), les dessous des agissements de PeTa et de la Humane Society of The US, l’Éco-terrorisme, quoi faire ou ne pas faire pour manifester en toute liberté, ce documentaire pourrait vous plaire.

Pour ma part, j’ai trouvé qu’il manquait de ligne directrice. Tout de même, j’ai appris quelques informations qui m’ont surpris telles que : 1- quand c’est écrit que ce produit n’a pas été testé sur des animaux, cela veut dire que le produit que tu tiens spécifiquement dans tes mains ne l’a pas été, mais tous les ingrédients l’ont été, et que, de toute façon, une loi fédérale oblige tous ces composants à l’être; 2- l’envers des manifestations visant à mettre à jour les compagnies utilisant des procédés cruels est qu’elles se déplacent ensuite dans des pays tiers-mondistes où il n’y a aucune législation; 3- en Allemagne, il est illégal de tuer un animal sans foyer (même pour les organismes comme la SPCA) 4- Pamela Anderson a les seins refaits.

P.S. : À proscrire pour les cœurs sensibles qui ne peuvent voir des images atroces entourant le processus de la fabrication des manteaux de fourrures. 6,5/10

samedi 7 juillet 2007

SWEET LAND (2005)

Réalisé et écrit par Ali Selim d’après une nouvelle de Will Weaver.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 7 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no. 12 le 8 août 2007)

Après avoir fait le tour des festivals et avoir gagné à quatre reprises le prix du meilleur film, cette première oeuvre reçoit enfin une distribution nationale sur DVD méritée. Présentant d’abord un homme hésitant à vendre la terre de ses grands-parents, le scénario, à travers des retours en arrière, s’appliquera ensuite à nous faire comprendre pourquoi. Cette prémisse sur l’importance du patrimoine nous introduit à l’histoire des difficultés qu’éprouvaient les pionniers venus cultiver le sol américain, aux complications qui entouraient un mariage arrangé ainsi que le racisme auquel les Allemands étaient confrontés suite à la Première Guerre mondiale. Tournée dans des décors idéalisés et accompagnée d’une belle musique rurale, cette production lente et mélancolique sur l’importance de vivre le grand amour est jouée et réalisée avec soin. Toutefois, elle ne se révèle pas toujours captivante pour qui ne partage pas ces racines fermières américaines et le goût de la nostalgie. 6,5/10

mercredi 4 juillet 2007

BEHIND THE MASK: The Rise of Leslie Vernon (2006)

Réalisé par Scott Glosserman. Écrit par David J. Stieve et Scott Glosserman.
(Vu le 4 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no. 12 le 8 août 2007)

Calquant la base de C’est arrivé près de chez vous où une équipe de tournage suivait un tueur pour en faire un documentaire, ce récipiendaire du meilleur film occidental au Fantasia 2006 recueille les confidences de Leslie Vernon, apprenti tueur en série. Celui-ci prépare son grand coup afin d’entrer dans la légende tel que ses idoles : Freddy, Jason et Michael Myers. Connaissant son slasher fin 1970 début 1980 sur le bout des ongles, Scott Glosserman nous amène réellement « derrière le masque » avec son scénario imaginatif où chaque élément risible du genre devient un protocole à respecter. Entre caméra digitale pour le documentaire et pellicule pour les meurtres, on penche davantage vers la comédie adroite, quoique tension et horreur, sur un mode adolescent, nous sont efficacement réservées pour la fin. Enfin, les caméos de Robert Englund et de la médium de Poltergeist complètent cette matérialisation du fantasme de tout fanboy. 7,5/10

mardi 3 juillet 2007

MISS POTTER (2006)

Réalisé par Chris Coonan. Écrit par Richard Maltby Jr.
(vu le 3 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no.12 le 8 août 2007)

Tout comme Finding Neverland était un drame biographique enveloppé de fiction sur James Barrie et la genèse de Peter Pan, Miss Potter traite avec fantaisie des amours, espoirs et épreuves de Béatrix Potter au tournant du dernier siècle. Cette écrivaine renommée pour ses livres pour enfants, dans un rôle taillé sur mesure pour Renée Zellweger, est présentée ici comme une vieille fille de 32 ans à l’esprit indépendant, excentrique au point de parler à ses créations telles que Peter Rabbit. Malgré qu’Ewan McGregor se fasse plus discret qu’à son habitude en éditeur amoureux, les parents (Barbara Flynn, Bill Paterson) ainsi qu’Emily Watson dans le rôle de la confidente apportent l’humour et l’émotion attendus. En somme, outre la préciosité de ces amours vieillots et une fin hésitante, il s’agit d’un film charmant pour les adultes n’ayant pas perdu leur cœur d’enfant. Prochaine sur la liste : Jane Austen dans Becoming Jane7/10

lundi 2 juillet 2007

PACINO: AN ACTOR'S VISION (Coffret 4 DVD)

The Local Stigmatic (1990) : Réalisé par David F. Wheeler et Al Pacino d’après la pièce de Heathcote Williams; Looking For Richard (1996), documentaire réalisé par Al Pacino; Chinese Coffee (2000) : réalisé par Al Pacino et écrit par Ira Lewis, basé sur sa propre pièce.
(Commande du journal Bang Bang; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.12 le 8 août 2007; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)

Si vous aimez Al Pacino, mais peu ses dernières performances plutôt mécaniques, ce coffret de films qu’il a réalisés et qui le présente sous un autre angle pourrait vous réjouir. Sa dite « vision » consiste en : Looking For Richard, documentaire impeccablement monté explorant Richard III de Shakespeare et lui ayant valu un prix de la Director’s Guild of America; l’étrange expérience qu’est The Local Stigmatic et un Chinese Coffee aux dialogues incisifs et bien livrés, deux productions inédites traitant d’amitié dans un style off-off-Broadway. Le 4e disque est un documentaire ordinaire, Babbleonia, qui prend la forme d’une entrevue, formule également utilisée pour les prologues et épilogues qui accompagnent les films. Prenant naissance à l’Actor’s Studio, cette entreprise frôlant le narcissisme et préparant la sortie de sa prochaine réalisation, Salomaybe?, est surtout pour les fans de l’acteur, mais pourrait plaire à tous ceux qui partagent avec lui un amour du théâtre. (Looking For Richard: 7/10; The Local Stigmatic: 5,5/10; Chinese Coffee: 6,5/10; Babbleonia: 3/10; Coffret: 6/10)