mercredi 30 mai 2007

APOCALYPTO (2006)

Réalisé par Mel Gibson. Écrit par Mel Gibson et Farhad Safinia.
(vu le 29 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no. 12 le 8 août 2007)

À l’aube du déclin de l’Empire Maya, un jeune homme est arraché à sa famille par des chasseurs de tête afin d’être sacrifié avec sa tribu au Dieu du soleil. Tourné en langue maya aux véritables locations et avec des autochtones (dont l’inexpérience transparaît cependant), le dernier film de Mel Gibson opte pour le réalisme. De plus, l’emploi du digital et l’éclairage cru donnent une impression d’authenticité et soulignent impudiquement la violence, sans toutefois rendre la beauté des paysages… Ceci étant dit, avec son temple, ses maquillages et ses nombreux figurants, la scène des sacrifices demeure très impressionnante. Ensuite, lorsque le tout se transforme en chasse à l’homme, outre un abus d’images au ralenti et ces péripéties convenues éliminant les ennemis, le film se révèle assez enlevant. En somme, contre toutes attentes, Gibson évite la boucherie à tout prix et livre avec honnêteté un divertissement unique dans un contexte original. 7/10

lundi 28 mai 2007

LA BELLE BÊTE (2006)

Réalisé et écrit par Karim Hussain d’après le roman de Marie-Claire Blais.
(Vu le 25 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no.12 le 8 août 2007)
Premier livre de Marie-Claire Blais, cette adaptation brosse le portait d’une famille, blessée par les agissements passés du père noyé, dans laquelle un triangle tordu se crée entre la mère, le fils et la fille. Pour ce lourd sujet de cercle fermé devenant cercle vicieux, Karim Hussain aurait dû travailler davantage l’esthétique pour nous faire ressentir l’asphyxie de ce huis clos. Au lieu de cela, nous avons droit à une direction artistique négligeable et à une cinématographie ordinaire. De plus, le jeu forcé et la prononciation difficile de Caroline Dhavernas dans le rôle de la sœur psychotique transforment le tout en épreuve. Pour défendre cette dernière, soulignons toutefois que la prise de son générale laisse à désirer et que l’accent employé, hésitant entre international et québécois, pointerait davantage vers une direction d’acteur incompétente. En somme, malgré que l’œuvre soit représentée avec sincérité, le résultat n’est vraiment pas à la hauteur. 4,5/10

jeudi 24 mai 2007

LETTERS FROM IWO JIMA (2006)

Réalisé par Clint Eastwood. Écrit par Iris Yamashita d’après une histoire de Paul Haggis et Iri Yamashita basée sur un livre de Tadamichi Kuribayashi.
(Vu le 24 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no. 12 le 8 août 2007)

Tourné simultanément avec l’ordinaire Flags of our Fathers, on constate, devant l’excellence de son pendant japonais, qu’il n’était qu’une simple entrée en matière. Basée sur de réelles lettres retrouvées à Iwo Jima, le scénario adopte un point de vue inédit depuis Tora! Tora! Tora!, celui de l’adversaire, et une structure linéaire, ce qui lui permet d’être plus original et concis que son jumeau américain. Également, en s’attardant moins à la déconstruction d’un mythe, on ressent davantage l’émotion. Clint Eastwood tourne les affrontements platement, mais son but ici n’est pas le divertissement : il préfère démontrer le pathétisme de l’honneur à tout prix et l’idéal trompeur que représente mourir pour sa patrie, peu importe de quel côté se trouve le soldat. Outre quelques retours en arrière accessoires et certains effets spéciaux ordinaires, il s’agit d’une autre production impeccable et courageuse dont Dirty Harry a découvert le secret en fin de carrière. 8/10

THE GOOD GERMAN (2006)

Réalisé par Steven Soderbergh. Écrit par Paul Attanasio d’après un roman de Joseph Kanon.
(Vu le 22 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no. 12 le 8 août 2007)

Avec la Guerre froide en arrière-plan, la recherche d’un scientifique dans les décombres de l’Allemagne d’après-guerre compliquera dangereusement la vie de trois personnages. Dans sa dernière expérimentation cinématographique, Steven Soderbergh, avec un résultat étonnant, s’emploie à respecter le film noir des années 1940, utilisant les techniques sonores et visuelles de l’époque. Même le jeu d’acteur à ce côté plaqué d'antan, ce qui ne réussit pas à Tobey Maguire, agaçant en militaire. Par contre, cela va à merveille à George Clooney, qui s’impose en tant que Cary Grant moderne, et à Cate Blanchett, qui est l’actrice contemporaine idéale pour incarner une mystérieuse femme fatale. Ceux qui seront irrités par cet habile exercice de style pourront trouver ennuyant ce scénario lent dans lequel les ficelles sont maladroitement tirées et inutilement complexes, mais les amateurs du genre devraient se réjouir énormément devant ce The Third Man où survivre est tout ce qui compte. 7/10

dimanche 20 mai 2007

CŒURS (2006)

Réalisé par Alain Resnais. Écrit par Jean-Michel Ribes d’après la pièce de Alan Ayckbourn.
(vu le 19 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Alain Resnais, l’un des piliers de la Nouvelle Vague du cinéma français (Hiroshima mon amour), nous propose cette fois de suivre six personnages qui recherchent désespérément l’amour. Gagnant du prix de la meilleure mise en scène à Venise, force est d’avouer que celle-ci est plutôt ordinaire avec certains choix discutables au montage et ces transitions enneigées qui reviennent trop fréquemment nous rappeler le froid extérieur et la solitude de ces personnages qui cherchent à réchauffer leur petit cœur dans ces vignettes intérieures s’éloignant peu de leur forme théâtrale originelle. Pour ce qui est du jeu d’acteurs, il est plutôt inégal, allant d’inutilement théâtral (Laura Morante) à touchant (Pierre Arditi) en passant par stéréotypé (Lambert Wilson) et original (Sabine Azéma.) Tout de même, entre deux conversations banales, on s’attache aux personnages et, ainsi, cette coproduction France/Italie risque fort d’intéresser ceux qui ne sont pas allergiques aux drames de mœurs typiquement français. 6,5/10

MUSIC AND LYRICS (2007)

Réalisé et écrit Marc Lawrence.
(vu le 19 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Un chanteur (Hugh Grant) ayant connu la gloire dans les années 1980 se voit offrir la chance d’un retour s’il compose une chanson pour une jeune artiste populaire. Malheureusement, il est incapable d’écrire des paroles, problème qui sera réglé par les qualités littéraires de la fille excentrique arrosant ses plantes. Après un début sur les chapeaux de roues où Marc Lawrence nous prouve son amour pour les Screwball comedies des années 1930 avec ces répliques pleines d’esprit qui défilent à vive allure, le film ralentit à mi-parcours alors que la mélodie masculine essaie de s’accorder avec les féminines paroles. Le fait que Drew Barrymore semble sur le pilote automatique pourrait expliquer cette romance tiède. Néanmoins, il s’agit d’une comédie sans prétention et agréable d’écoute qui, si vous aimez rire des excès des années 1980 et de nos nouvelles vedettes pop, sera parfaite pour écouter en couple un soir de semaine. 6,5/10

vendredi 18 mai 2007

THE FOUNTAIN (2006)

Réalisé et écrit par Darren Aronofsky d’après une histoire de Darren Aronofsky et Ari Handel.
(vu le 15 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Un scientifique s’acharne à trouver le remède pour une tumeur tandis que sa femme s’apprête à en mourir. Parallèlement, nous suivons un livre, situé durant la Renaissance et écrit par cette dernière, ainsi que la quête futuriste et éternelle pour son retour. Darren Aronofsky (Requiem for a Dream) nous offre un film qui a dû lui-même renaître de ses cendres, amputé de la moitié de son budget, après le départ de ses vedettes initiales. Tournée à Montréal, la production ne réussit malheureusement pas à posséder le visuel complexe et impressionnant qu’elle nécessiterait. De plus, malgré une belle poésie et une métaphore sur l’importance d’être serein devant la mort, le scénario se perd dans ses propres dédales, tout comme Hugh Jackman semble dépassé par l’ampleur de ses trois rôles. Certaines scènes avec Rachel Weisz sont toutefois touchantes et les fans du talentueux réalisateur de Pi ne devraient pas être totalement déçus. 6,5/10

mardi 15 mai 2007

DELIVER US FROM EVIL (2006)

Écrit et réalisé par Amy Berg.
(vu le 14 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Ce documentaire, nominé aux Oscars, est le portrait troublant d’un prêtre pédophile et de ses nombreuses victimes. Aujourd’hui, l’homme veut se confesser et parler de ses tourments. La plus grande frustration ressentie devant les faits accomplis n’est pas seulement d’apprendre que cet homme, visiblement instable psychologiquement, a violé des centaines d’enfants, mais aussi de voir à quel point l’Église a tout fait pour ne pas que le scandale éclate. Du monseigneur au cardinal, on voit tout ce beau monde nier avoir su quoi que ce soit, alors que l’agresseur avait demandé de l’aide dès 1973 et que, en le déplaçant quatre fois de diocèse, ils lui ont permis d’éviter les autorités policières pendant 15 ans. Outre connaître des statistiques effrayantes et être abominé par ces images du prêtre se promenant toujours librement, ce documentaire vaut la peine d’être vu juste pour partager la douleur d’un père, Bob Jyono, extrêmement touchant. 8/10

dimanche 13 mai 2007

13 TZAMETI (2005)

Écrit et réalisé par Géla Babluani.
(vu le 10 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Un jeune immigrant travaillant pour un morphinomane se retrouve dans une impasse financière après la surdose de ce dernier. Ayant entendu son employeur parler d’une façon de se faire beaucoup d’argent facilement, il suit des instructions volées sans savoir que celles-ci le mèneront à une joute mortelle de roulette russe. Dans une cinématographie noir et blanc rappelant La Haine, cette production française nous offre une première moitié très lente appuyée par un jeu d’acteur plutôt amateur. Celle-ci réussit toutefois à créer ultérieurement un contraste intéressant avec la tension amenée par le tournoi funeste. Cette première réalisation, gagnante du prix du Grand Jury au festival Sundance, n’est pas The Deer Hunter, mais le réalisme cru de la seconde partie impressionnera tous ceux qui auront eu la bonne idée de supporter la première. Le DVD offre également un court métrage à l’humour noir extrême, Sunday’s Game, qui est à ne pas manquer. 7/10

mercredi 9 mai 2007

THE PAINTED VEIL (2006)

Réalisé par John Curran. Écrit par Ron Nyswaner d’après le roman de W. Somerset Maugham.
(vu le 8 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)
En 1925, à l’aube de la révolution chinoise, un bactériologiste (Edward Norton) et sa femme infidèle (Noami Watts) se rendent dans un village éloigné pour soigner une épidémie de choléra. Comme dans bien des adaptations littéraires, les péripéties initiales campant le contexte sont escamotées pour en arriver rapidement au cœur de l’histoire. Toutefois, ce drame trouve son rythme une fois parvenu à la zone contaminée et est joué avec aplomb par ses deux vedettes. Ainsi, dans un paysage enchanteur doublé d’une reconstitution historique crédible, nous avons droit à une histoire d’amour d’une autre époque, mais pas excessivement naïve, dans laquelle la distance entre ses deux protagonistes semble plus dure à franchir que celle entre Londres et Shanghai. Peut-être un peu trop sobre pour éveiller un réel engouement, le film nous laisse tout de même avec le sentiment qu’il faut vivre ces passions malgré qu’elles soient, telles que les fleurs, périssables. 7/10

mardi 8 mai 2007

DREAMGIRLS (2006)

Réalisé et écrit par Bill Condon d’après le livre de Tom Eyen.
(vu le 6 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Les Dreams, trio de chanteuse, connaîtra, grâce à un gérant sans scrupules et à un auteur-compositeur talentueux, la gloire ainsi que sa rançon. Cette comédie musicale fictive, inspirée de l’histoire de Diana Ross and The Supremes, en est une assez compétente. Toutefois, Bill Condon n’a pas jugé bon de retirer du scénario certains moments de la version Broadway et lorsque, après le premier tiers, certains personnages se mettent à chanter un R&B à la sauce du jour dans leurs conversations quotidiennes, le tout s’alourdit terriblement. Tout de même, s’ils ne sont pas agacés par la prise de son correspondant peu à l’époque, les fans des belles années Motown devraient être divertis par ce spectacle aux décors flamboyants et aux chorégraphies travaillées. À mi-parcours, le film s’essouffle, mais les performances d’Eddie Murphy en simili James Brown et la puissante voix de Jennifer Hudson, ex-American Idol primée pour son premier rôle, sauvent l’ensemble. 6/10

samedi 5 mai 2007

LITTLE CHILDREN (2006)

Réalisé par Todd Field. Écrit par Todd Field et Tom Perrotta d’après le roman de ce dernier.
(vu le 4 mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Dans le parc pour enfants d’une banlieue où il serait parfait d’en élever si un prédateur sexuel n’y rôdait pas, un homme et une femme s’éprendront l’un de l’autre. Ce qui paraît d’abord être une simple histoire d’adultère se révèle être bien plus que cela. En effet, l’excellent scénario traite aussi de ces pulsions qu’on ne peut refouler et de la sécurité : celle que l’on voudrait atteindre dans notre quartier, dans notre vie de couple, à notre travail et, ultimement, celle que l’on désire pour nos enfants. Kate Winslet, en Madame Bovary moderne, est superbe et les rôles secondaires offrent également des performances remarquables avec Noah Emmerich en ex-policier traumatisé et Jackie Earle Haley en pédophile. La narration peut agacer, mais elle atteint son but : faire vivre cette histoire telle une fable. Finalement, le dénouement décevra probablement les romantiques, mais le voyage est ici plus important que la destination. 8/10

mercredi 2 mai 2007

THE HISTORY BOYS (2006)

Réalisé par Nicholas Hytner et écrit par Alan Bennett d’après sa pièce de théâtre.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 1er mai 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Dans l’Angleterre des années 1980, huit élèves talentueux de Sheffield doivent se préparer pour leurs examens d’admission universitaire en histoire. Le directeur, croyant qu’ils n’ont aucune chance d’entrer à Oxford ou à Cambridge avec leurs professeurs actuels, dont Hector (Richard Griffiths, attachant), engage un tuteur avec des idées « nouvelles ». D’abord une pièce de théâtre ayant remporté un succès critique (présentement montée chez Duceppe), l’adaptation cinématographique en utilise la distribution originale. Malheureusement, certains jouent encore comme s’ils étaient en scène, particulièrement le directeur, et l’ensemble semble parfois oublier que ce texte répété mille fois est nouveau pour l’oreille du téléspectateur. Cette comédie dramatique intéressera sûrement les amateurs d’histoire, mais, en tant que récit initiatique scolaire, on est loin de Dead Poets Society. En somme, l’intéressante bande sonore new wave et les performances de certains acteurs ne viennent pas sauver une cinématographie grisâtre et un scénario qui manque de concision. 6/10

LES MISÉRABLES –Cinema classics collection (1935 & 1952)

D’après le roman de Victor Hugo, réalisé par Richard Boleslawski et écrit par W.P. Lipscomb (1935); réalisé par Lewis Milestone et écrit par Richard Murphy (1952).
(Commande du journal Bang Bang; vu le 20 avril 2007 (1935) et le 1er mai 2007 (1952); format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 no. 10 le 6 juin 2007)

Dans le cadre de leurs rééditions DVD de classiques littéraires, 20th Century Fox nous offre leurs deux versions du chef d’œuvre de Victor Hugo. La version de 1935, une production de premier ordre signée Darryl F. Zanuck, en justifie à elle seule l’achat en étant appuyée à la perfection par ses deux acteurs principaux. En effet, Frederic March, le caméléon par excellence de l’époque (oscarisé pour son interprétation de Dr. Jekill and Mr. Hyde) incarne à merveille les transformations du personnage Jean Valjean et, dans la peau du nemesis Inspecteur Javert, Charles Laughton donne beaucoup de profondeur au rôle de l’homme que l’on aime haïr. La version de 1952 de Lewis Milestone, malgré une cinématographie plus travaillée et de meilleures techniques de montage, semble plutôt accessoire en comparaison, mais elle réussit aussi à faire passer efficacement le message romantique de l’auteur : la justice est plus importante que la loi. (1935: 8/10; 1952: 6/10)