mercredi 7 février 2007

LA SCIENCE DES RÊVES (2006)

Écrit et réalisé par Michel Gondry.
(vu le 6 février 2007; format 150 mots)

Un jeune artiste (Gael Garcia Bernal) vit une certaine distorsion de la réalité, naviguant entre le rêve et le réel. Revenu à Paris dans l’appartement de sa mère pour un travail ennuyant, il s’éprend de sa voisine (Charlotte Gainsbourg.) Michel Gondry (The eternal sunshine of a spotlesss mind) profite de ce récit très autoréférentiel en trois langues pour montrer tout son savoir-faire qu’il a acquis durant ses années en tant que concepteur de vidéoclips ou de publicités. Tout comme dans son film précédent, les séquences oniriques présentent de nombreuses trouvailles visuelles géniales et l’imagerie est très intéressante. Toutefois, la relation amoureuse, avec son petit jeu du chat et de la souris, l’est beaucoup moins et ce, même si les acteurs jouent bien. En somme, sans un Charlie Kaufman au scénario pour l’appuyer, Gondry a concocté un film aux images captivantes, mais avec une trame narrative trop disparate pour maintenir notre intérêt. 6,5/10

dimanche 4 février 2007

CHILDREN OF MEN (2006)

Réalisé par Alfonso Cuaron. Écrit par Alfonso Cuaron, Timothy J. Sexton, David Arata, Mark Fergus et Hawk Ostby d’après un livre de P.D. James.
(vu le 3 février 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.4 le 28 février 2007)

En 2027, dans une Angleterre apocalyptique, les femmes sont stériles depuis 18 ans. Theo Faron, en aidant la mère de son enfant décédé (Julianne Moore), maintenant terroriste dans un groupe pour les droits des immigrants, se retrouve dans une guerre politique à savoir qui utilisera à ses fins le futur bébé-miracle d’une réfugiée illégale. Cette science-fiction allie, avec une fabuleuse cinématographie rappelant parfois un réalisme documentaire, l’imagerie d’un Mad Max avec budget à celle des camps de concentration nazis. La chasse à l’homme est redoutable d'efficacité et comporte des scènes d’une violence inouïe, mais aussi d’une émotion rare. Également, le jeu des acteurs est vraiment supérieur au genre : Clive Owen est excellent dans le rôle du héros malgré lui et Michael Caine, particulièrement dans une scène avec sa femme catatonique, démontre son grand talent. Assurément, Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien) nous livre un des meilleurs films de 2006. 9/10

vendredi 2 février 2007

THE NOTORIOUS BETTY PAGE (2005)

Réalisé par Mary Harron. Écrit par Mary Harron et Guinevere Turner.
(vu le 31 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
Icône culturelle, Bettie Page est pour plusieurs LA pin-up des années 50. Dans ce film, on passe rapidement sur son enfance et les abus sexuels du paternel pour se concentrer sur sa période de gloire et ses nombreuses séances photos. D’ailleurs, Mary Harron (American Psycho) offre davantage une photographie d’époque qu’une biographie conventionnelle, car on y évite toutes références à ses vieux jours (mariage, séjour en institution psychiatrique après avoir poignardé trois personnes.) Tourné principalement en noir et blanc, les images auraient pu être très belles, mais le procédé n’est pas utilisé à son plein potentiel. Gretchen Mol, pour sa part, interprète avec vigueur un personnage pétillant, sans parler de sa plastique parfaite. Hélas, son jeu reste à l’image de la production, c’est-à-dire légèrement superficiel. Cependant, peut-être parce qu’il est réalisé, écrit et produit par des femmes, le sujet est traité avec professionnalisme là où d’autres auraient versé dans l’excès. 6,5/10

jeudi 1 février 2007

WATER (2005)

Écrit et réalisé par Deepa Mehta.
(vu le 31 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
En langue hindoue, cette production canadienne tournée en Inde est passée plutôt inaperçue au Québec, mais se retrouve maintenant en nomination pour l’Oscar du meilleur film étranger. Cette reconnaissance, quoique tardive, est pleinement méritée. Après Fire (1996) et Earth (1998), Deepa Mehta nous raconte l’histoire de veuves, dont une âgée de seulement sept ans, vivant recluses et chastes pour atteindre la pureté que la mémoire de leurs défunts maris mérite supposément. Dans les faits, elles ont recours à la prostitution pour survivre. Avec les propos révolutionnaires de Gandhi en fond historique, on suit le destin tragique de ces femmes, méprisées par leurs pairs, qui attendent d’être libérées par la mort. Malgré quelques montages musicaux inutiles et un rythme lent, le film, avec l’eau comme fil conducteur, possède une belle fluidité. Aussi, le propos, vraiment intéressant, nous permet de connaître une réalité peu connue. Finalement, les couleurs y sont tout simplement magnifiques. 7,5/10

PRETTY POISON (1968)

Réalisé par Noel Black. Écrit par Lorenzo Semple Jr. D’après un roman de Stephen Geller
(vu le 14 janvier 2007; format 150 mots; commande du Journal Bang Bang; publié dans le Vol.2 No.2 de ce dernier le 31 janvier 2007.)

Réalisé un an après Bonnie and Clyde (1967), le film capitalise sur cet engouement du public des années 60 pour ces jeunes amoureux s’engageant sur une voie destructrice. Ceux qui s’attendent à une histoire similaire au film précité seront toutefois surpris par ce thriller et ce, agréablement. Noel Black réalise un film, son meilleur, qui est de son temps : montages psychédéliques, drogue, sexualité et jeunesse inconfortable avec l’autorité. Dans le rôle principal, Anthony Perkins joue, comme dans Psycho, un personnage qui cache un monde fantaisiste dangereux derrière sa naïveté. Sa performance très juste contribua à le confiner malheureusement dans ce type de rôle. Tuesday Weld a, pour sa part, ultérieurement critiqué sa performance, mais elle donne l’innocence nécessaire à son rôle de « joli poison ». Malgré un transfert digital ordinaire, il est bien que cette romance trouble injustement oubliée reçoive une sortie sur DVD pleinement méritée. 7/10

mardi 30 janvier 2007

MANDERLAY (2005)

Écrit et réalisé par Lars Von Trier.
(vu le 27 janvier 2007 ; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
Au domaine Manderlay, Grace vient en aide à des esclaves noirs et décide de leur enseigner la démocratie. Toutefois, n’est pas libre qui veut, tout n’est pas blanc ou noir ici-bas et, quand on n’est pas au cœur du problème, on l’interprète avec « les mauvaises lunettes ». Si on compare cette fable moralisatrice, dans laquelle ceux qui le désirent pourront établir des liens avec l’empêtrement des Américains en Iraq, avec son premier volet, elle n’y gagne pas au change. L’originalité du dépouillement scénique a perdu de son impact; Bryce Dallas Howard peint moins efficacement que Kidman les carences affectives de Grace; le rythme du récit est noyé dans la narration; et la morale perd de la force en pointant directement les Américains là où Dogville pouvait être davantage universel. Les fans du réalisateur seront sûrement comblés, mais Manderlay ajoute peu à l’œuvre originale, extrêmement puissante, et laisse passablement indifférent. 7/10

samedi 27 janvier 2007

BABEL (2006)

Réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu. Écrit par Guillermo Arriaga.
(vu le 26 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)

Troisième collaboration entre Alejandro Gonzalez Inarritu et son scénariste Guillermo Arriaga (21 Grams), ceux-ci projettent cette fois leurs chassés-croisés sur trois continents. Favori pour certains dans la course de l’Oscar du meilleur film, ce dernier ne remplit malheureusement pas toutes ses promesses. En effet, en alternant les séquences plutôt qu’en les montrant de façon successive comme ils l’avaient fait dans Amores Perros, notre intérêt n’est pas toujours maintenu de façon égale (spécialement dans la portion nipponne du récit qui détonne avec le reste et dont le lien l’unissant aux autres histoires est plutôt mince.) Nonobstant cela, la brochette d’acteurs jouent avec l’intensité désirée (Brad Pitt offre une prestation très sensible); l’extraordinaire musique de Gustavo Santaolalla aide à amener de l’émotion là où on sent un détachement de la part du réalisateur; les images sont très belles; et, ultimement, il est difficile de ne pas être secoué par ce fourre-tout émotif. 7,5/10