mercredi 6 août 2008

UN ÉTÉ SANS POINT NI COUP SÛR (2008)

Réalisé par Francis Leclerc. Écrit par Marc Robitaille.
(Vu le 5 août 2008; format 150 mots)

Été 1969, les Expos naissent et la fièvre du baseball s’emparant de Montréal n’échappe pas au jeune Martin qui, rejeté par la seule équipe du comté, formera avec ses amis une équipe B sous la tutelle de son père (Patrice Robitaille). Allant dans un tout autre registre, Francis Leclerc (Mémoires affectives) prouve ici qu’il est un réalisateur versatile. Affichant de nombreuses qualités au tableau de pointage (bonne direction d’acteurs outre peut-être Jacynthe Laguë; personnages attachants : Pier-Luc Funk dans le rôle principal ou Crevette, vedette d’un court-métrage en lever de rideau; narration avec quelques bons morceaux de philosophie adolescente; et moments d’émotions réussis que l’on retrouve rarement dans le genre), l’œuvre manque toutefois de dynamisme, notamment en raison de ces nombreux pauses avec pellicule d’époque et reprises inégales de succès du moment qui découpent le film en saynètes, et frôle le classicisme un peu rigide ainsi que l’exploitation de la nostalgie. 6,5/10

STREET KINGS (2008)

Réalisé par David Ayer. Écrit par James Ellroy, Kurt Wimmer et Jamie Moss.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 4 août 2008; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol. 3 No.9 le 4 septembre 2008)

Tom Ludlow est un policier fier-à-bras dans l’eau chaude en raison de ses tactiques, lesquelles sont dénoncées par son ancien coéquipier. Lorsqu’il désire venger l’assassinat de ce dernier, il s’apercevra rapidement que les apparences sont souvent trompeuses. Mise à jour d’un scénario de James Ellroy qui se passait dans un Los Angeles d’époque, un peu à l’image de son L.A. Confidential, cette réalisation de David Ayer (qui a déjà adapté un autre Ellroy avec Dark Blue) est, somme toute, dynamique. Le problème majeur est que, dans cette nouvelle mouture de l’histoire, on connaît l’issue finale dès le début. De plus, Keanu Reeves, qui n’est pas Russell Crowe quand vient le temps de jouer les brutes niaises manipulées, affiche son air hébété habituel. Néanmoins, il subsiste assez de l’écriture noire d’Ellroy et de sa capacité à nous faire pénétrer dans son univers corrompu pour que le film soit un divertissement adéquat. 6/10

CIDADE DOS HOMENS (City of Men) (2007)

Réalisé par Paulo Morelli. Écrit par Elena Soarez et Paulo Morelli.
(Vu le 4 août 2008; format 150 mots)

Produit par Fernando Mireilles et ayant un titre similaire, ce nouveau drame mettant en scène des jeunes des favelas brésiliennes ne pourra pas éviter les comparaisons avec Cidade de Deus, film exceptionnel ayant conquis la critique et ayant eu un succès international. En fait, il s’agit ici de la suite logique d’une télé-série populaire au Brésil existant depuis 2002, laquelle était un peu une source d’inspiration pour le premier film. Toujours est-il que cette nouvelle production qui offre une cinématographie similaire, tout en demeurant intéressante grâce à sa morale sur les erreurs de nos pères que l’on peut réparer et en ouvrant le thème des gangs de rue sur des sujets tels que la paternité, n’arrive jamais à combler les attentes créées par son prédécesseur. Ainsi, des dialogues un peu forcés, des performances d’acteurs moins naturelles et un scénario aux accents mélodramatiques agaçants en font une œuvre pour les initiés. 6/10

mardi 5 août 2008

THE ONION MOVIE (2008)

Réalisé par James Kleiner (Tom Kuntz et Mike Maguire). Écrit par Todd Hanson et Robert D. Siegel.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 1er août 2008; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol. 3 No.9 le 4 septembre 2008)

Filmée il y a un bon moment, comme en témoigne la présence de Rodney Dangerfield, mort en 2004, cette comédie satirique était restée sur les tablettes avant de nous parvenir sur DVD. Cette sortie est compréhensible, car ce n’est pas mauvais au point de cacher l’œuvre ou même d’utiliser un surnom comme l’on fait les deux réalisateurs, mais on comprend les producteurs d’avoir été frileux à l’idée de risquer une sortie théâtrale. En effet, en n’ayant pas de protagonistes principaux, cette longue suite de sketchs se présentant sous la forme d’un bulletin de nouvelles devient rapidement lassante. Certaines idées sont bien trouvées, mais l’exécution est souvent maladroite. De plus, la majorité des blagues irrévérencieuses commentent la dégénérescence des médias et leurs tactiques racoleuses, mais utilisent ce même manque de subtilité et incarnent ce qu’elles dénoncent... Seule la scène où Steven « Cock Puncher » Seagal rit de lui-même est à voir. 4/10

WALL-E (2008)

Réalisé par Andrew Stanton. Écrit par Jim Reardon, Pete Docter et Andrew Stanton.
(Vu le 20 juillet 2008; format 150 mots)

700 ans après que les humains aient quitté la Terre, le petit robot WALL-E poursuit sans relâche sa tâche, compacter les déchets, jusqu’au jour où il rencontre EVE, un robot ayant comme mission de vérifier si notre planète polluée est redevenue habitable. Décidemment, Pixar ne montre toujours pas de signe d’essoufflement. Ce neuvième long métrage maintient leur niveau d’excellence et compte parmi leurs plus belles productions. En effet, cette deuxième réalisation d’Andrew Stanton (Finding Nemo) est une véritable réussite sur le plan visuel, non seulement en raison de la qualité des animations, mais aussi grâce à ce défi, relevé, de raconter presque tout avec l’image, avec le strict minimum de dialogues, un peu à l’image des classiques de Chaplin et Keaton. Finalement, cette histoire charmante, poétique, romantique, parfois magistrale, comporte également une morale sur la régression de l’être humain et les dangers de maltraiter notre environnement qui est la bienvenue. 8/10

mardi 22 juillet 2008

Un Mois de juillet fantastique grâce à Fantasia!

(Commande du journal Bang Bang; compte rendu du festival Fantasia 2008; format 750 mots; publié dans le Bang Bang Vol.3 no.8 le 7 août 2008)

Pour la douzième fois, le meilleur festival de films de Montréal battait son plein à l’Université Concordia et c’est avec grand plaisir qu’on a tenté de voir le plus de films possibles. Tâche frustrante s’il en est une puisqu’il est humainement impossible de tout voir, le compte rendu suivant ne se base que sur le quart de la centaine des films présentés.

Tout d’abord, la qualité des films en langue espagnole était impressionnante cette année. [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, présenté dans le cadre de la série « Playback in Black » (films utilisant la caméra à la première personne) offrait un suspense et une horreur grandement plus efficace que les derniers prétendants (Cloverfield…) de ce genre qui est revenu dernièrement à la mode. À ne pas manquer quand ça va atterrir sur nos tablettes québécoises. Aussi, La Antenna, film argentin de Esteban Sapir, qui se voulait un hommage à l’expressionnisme allemand, était une réussite tant sur la forme que sur le fond. Troisième sur la liste, Los Cronocrimenes de Nacho Vigalondo était un divertissement très satisfaisant avec ses nombreux paradoxes temporels et le montage intelligent qui les accompagnait.

Également, dans les grandes réussites, un petit bijou suédois nous était offert : Let den ratte komma in de Tomas Alfredson. Histoire d’amour entre un adolescent de douze ans, intimidé à l’école, et sa nouvelle voisine de son âge qui se révèle être un vampire, le film évite tout sentimentalisme inutile, sans avoir peur des codes traditionnels du genre et les effusions de sang, et propose une cinématographie enneigée envoûtante et une maîtrise exceptionnelle. À voir absolument.

Une des grandes surprises du festival est sûrement Red de Trygve Allister Diesen et Lucky McGee. Basée sur un roman de Jack Ketchum, cette histoire d’un homme cherchant justice pour son chien abattu par des voyous et traitant notamment de la déresponsabilisation parentale est parsemée de performances d’acteurs incroyables (l’excellent Brian Cox) et a malheureusement été peu vue (une seule présentation peu achalandée.)

Aussi, les fans du productif Johnny To étaient servis cette année avec trois de ses films, dont Man jeuk, charmante comédie romantique à l’imagerie poétique influencée par la Nouvelle Vague française. De plus, Sun taam, plus dans ses cordes néo-noir habituelles, possède un scénario intrigant et un personnage central, interprété par Ching Wan Lau, mémorable dans sa douce folie.

Fantasia est également l’occasion pour voir des films tels que The End de Jeremy Thomas. Film albertin au budget inexistant qui est loin d’être sûr d’avoir un avenir en dehors du circuit des festivals, il cache derrière son look amateur rébarbatif un scénario intelligent sur la paranoïa qui réussit à captiver au fur et à mesure que l’histoire avance.

De nombreux films présentés, sans être exceptionnels, demeuraient des divertissements de qualité et Fantasia est l’endroit idéal pour les vivre au maximum, car la foule qui s’entasse dans les salles à guichets fermés crie aux bons moments, applaudit les actes de bravoure ou les têtes arrachées, et rit pour un rien. Parmi ceux-ci, Stuck de Stuart Gordon mérite d’être souligné. Alliant savamment suspense et humour noir, ce tourbillon de violence basé sur un fait vécu dans lequel s’engage le personnage de Mena Suvari après avoir frappé un itinérant avec sa voiture en dit long sur ce que quelqu’un peut faire pour ne pas faire face à ses responsabilités. Également, Jack Brooks : Monster Slayer de Jon Knautz, comédie d’horreur avec un nouveau héros made in Canada et un Robert Englund en forme se prêtant habilement aux gags physiques, a ses bons moments, tout comme All the Boys Love Mandy Lane de Jonathan Levine, slasher américain un peu convenu qui offre une cinématographie estampillée 1970 intéressante. Finalement, Suwito rein : Shinigami no seido livre une variante intéressante sur le personnage de la Mort et une puissante finale.

Bien entendu, certains films nous ont laissé de marbre (From Inside et Peur(s) du noir, deux films d’animation à l’imagerie intéressante, mais ne réussissant pas à avoir une histoire gardant l’attention; Ri-teon et Uri dongne, deux thrillers coréens aux prises avec des scénarios tortueux et manipulateurs), d’autres ont déçu (The Objective de Daniel Myrick, rendez-vous manqué avec le surnaturel) et certains étaient carrément mauvais (le confus Long Khong 2), mais on ne s’ennuie jamais à Fantasia.

Et un festival réussissant à être aussi éclectique et amusant, tout en présentant la perle occasionnelle et nous faisant regretter de manquer de nombreuses présentations parce qu’on a aussi une vie, mérite toute notre admiration. À l’an prochain!

jeudi 10 juillet 2008

LAT DEN RATTE KOMMA IN (Let the Right One in) (2008)

Réalisé par Tomas Alfredson. Écrit par John Ajvide Lindqvist.
(Vu le 8 juillet dans le cadre du Festival Fantasia; format libre)

Un jeune de 12 ans, rejeté par les autres et intimidé à l’école, rencontre une jeune fille de son âge dont il devient amoureux. Celle-ci s’avère être un vampire.

Cette petite perle suédoise, même si une seule semaine du festival est terminée, risque fort de se retrouver parmi les préférés, ou, du moins, assurément parmi les plus beaux films présentés.

Dans une cinématographie enneigée et féerique, appuyée par une musique envoûtante, Tomas Alfredson nous convie à une histoire beaucoup plus riche que pourrait l’être le film typique de vampire.

Tourné comme si tous les événements n’avaient rien de plus réalistes et banals, tout en respectant les conventions entourant les vampires, de nombreuses thématiques sont explorées, comme celles de l’amitié, de l’intimidation, des troubles familiaux, de la recherche d’une identité et de la découverte de l’amour.

Alors qu’une romance entre humain et vampire aurait pu être terriblement ennuyante ou à l’eau de rose, la rencontre de l’âme sœur est faite ici avec beaucoup de savoir-faire et de doigté, sans compter que les jeunes acteurs sont extrêmement bien dirigés.

Et le fait que l’on n’évite pas les effusions de sang devrait aussi réussir à convaincre les amateurs du genre qui auraient pu être sceptiques face à l'union proposée.

Finalement, la dernière scène nous éclaire sur les réelles motivations de la jeune fille, nous permettant de comprendre certains événements antérieurs et bouclant la boucle adéquatement, avec un petit sentiment d’éternité qui nous donne le goût de déjà revisiter l’œuvre. 8/10