dimanche 29 avril 2007

THE LAST KING OF SCOTLAND (2006)

Réalisé par Peter Morgan. Écrit par Jeremy Brock et Peter Morgan d’après le roman de Giles Foden.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 29 avril 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang vol.2 no.9 le 9 mai 2007))

Un jeune médecin écossais voulant vivre des aventures choisit l’Ouganda au hasard et arrive en plein coup d’état. Des circonstances feront de lui le physicien personnel du nouveau dictateur. Suivant d’abord un personnage arriviste légèrement écervelé, cette fiction historique prend toute son ampleur avec l’entrée en scène de Forest Whitaker. Charismatique et électrifiant dans la première partie; paranoïaque et despotique dans la seconde, il mérite pleinement tous les prix qu’il a reçus pour sa performance. Pour sa part, Kevin McDonald insuffle son expérience de documentariste à cette première production filmée au Ouganda depuis The African Queen et nous sert la cinématographie la plus intéressante des nombreux films qui prenaient place cette année en Afrique. La lente spirale de violence qui s’ensuit est loin de constituer le thriller politique conventionnel auquel certains pourraient s’attendre, mais il s’agit ici d’une œuvre originale avec un acteur de talent au sommet de son art. 7,5/10

mercredi 25 avril 2007

THE QUEEN (2006)

Réalisé par Stephen Frears. Écrit par Peter Morgan.
(vu le 24 avril 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang Vol.2 no.9 le 9 mai 2007)

Suite à la mort de la princesse Diana, la Grande-Bretagne vivait un choc. Stephen Frears (High Fidelity), avec ses images d’archives pour montrer les réactions extérieures à l’entourage royal, veut surtout nous faire saisir l’expérience de l’intérieur. Ainsi, traversant cette épreuve avec stoïcisme, la reine, interprétée avec majesté par Helen Mirren (Oscar, Golden Globes et BAFTA de la meilleure actrice), désire un deuil sobre en privé tandis que la population réclame un grand spectacle médiatique frôlant le voyeurisme. Cette rencontre entre deux mondes, tradition et modernité, est représentée par les discussions entre la souveraine et un jeune Tony Blair (Michael Sheen, éclipsé par sa partenaire) qui sera finalement subjugué par cette grande dame. Cependant, même en présentant ce drame à hauteur d’homme, l’impassibilité du personnage principal ampute le sujet de son émotion et rend le tout plutôt aride pour le spectateur ne s’intéressant pas aux petites misères de la famille royale. 7/10

samedi 21 avril 2007

VACANCY (2007)

Réalisé par Nimrod Antal. Écrit par Mark L. Smith.
(commande du journal Bang Bang; vu le 19 avril 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang vol.2 no.9 le 9 mai 2007))

En pleine nuit, un couple (Luke Wilson et Kate Beckinsale) ayant des troubles mécaniques avec leur voiture devront s’arrêter dans un motel perdu au beau milieu de nulle part où ils seront les prochaines victimes d’un snuff movie. Pris avec ce synopsis aux airs de déjà-vu, Nimrod Antal se concentre sur la direction photo et crée une cinématographie plutôt originale. Dommage toutefois qu’il n’ait pas mis l’accent sur sa direction d’acteurs. En effet, leur jeu reste en surface, surtout dans la mise en situation lorsque le scénario s’emploie à nous faire comprendre qu’ils sont en instance de divorce et qu’ils ont perdu leurs enfants. De plus, l’interprétation du tenancier de motel nous fait regretter le Norman Bates d’Anthony Perkins… Tout de même, la situation apporte, quand elle ne se transforme pas en thérapie de couple, le suspense nécessaire au genre et les amateurs de frissons faciles devraient être assez satisfaits. 6/10

mercredi 18 avril 2007

NOTES ON A SCANDAL (2006)

Réalisé par Richard Eyre. Écrit par Patrick Marber d’après le livre de Zoe Heller.
(Vu le 17 avril 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang Vol.2 no.9 le 9 mai 2007)

Dans une école secondaire, une nouvelle enseignante d’arts plastiques entretient une relation avec un élève de 15 ans. L’originalité de ce fait divers réside dans son point de vue. En effet, en optant pour celui du journal intime d’une autre enseignante, obsessive et amoureuse de sa collègue, cela permet d’avoir une narration cynique, sans retenue, très imagée et interprétée de main de maître par Judi Dench. De plus, à travers les yeux de cette dernière, la caméra peut vraiment se permettre de caresser Cate Blanchett, également excellente dans le rôle de la jeune femme dont la beauté et la sensualité candide provoqueront une commotion dans son entourage. La cinématographie est terne, mais sied bien à ce drame humain comprenant des secrets oppressants et des personnages complexes auxquels on s’attache malgré les gestes immoraux qu’ils posent. En somme, le film mérite d’être vu, ne serait-ce que pour ce formidable duel d’actrices. 7,5/10

THR3E (2006)

Réalisé par Robby Henson. Écrit par Alan B. McElroy d’après le livre de Ted Dekker.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 16 avril 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang Vol.2 no.9 le 9 mai 2007)

Dans le premier film sous la bannière FoxFaith, subdivision visant à présenter des produits qui respectent la morale chrétienne, un tueur en série utilisant des énigmes nommé Riddle Killer (original...) élimine les gens n’ayant pas admis leurs péchés. Dans le but de placer quelques dialogues sur le péché originel et l’importance de la présence de Dieu pour nous guider entre le bien et le mal, la future victime du psychopathe stéréotypé (ayant sûrement vu Saw, Se7en, Scream) est un étudiant en théologie. Au cours de la chasse à l’homme se déroulant principalement au cellulaire, nous avons droit à tous les clichés du genre, sans oublier ces bombes qui explosent sans arrêt pour nous rappeler que la production n’a le budget que pour du feu digital. Lorsque la finale nous dévoile la signification du titre, c’est avec une certaine frustration qu’on accepte d’avoir assisté à un mauvais divertissement au but douteux. 3/10

JANE EYRE- Cinema Classics Collection (1944)

Réalisé par Robert Stevenson. Scénario de John Houseman, Aldous Huxley, Henry Koster et Robert Stevenson d’après le roman de Charlotte Brontë.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 15 avril 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.9 le 9 mai 2007)

Classique de la littérature ayant été porté moult fois à l’écran, la version cinématographique de 1944 en consiste l’ultime mouture. Dans cette dernière, Robert Stevenson ne cache pas les origines littéraires du film avec sa narration soutenue par les passages originaux du roman de Charlotte Brontë. Également, l’esprit gothique de l’œuvre y est respecté avec son château lugubre, ses éclairs qui lézardent l’écran et ses inquiétants plans sombres. Dommage dans ce contexte que la copie retrouvée pour la restauration n’ait pratiquement plus aucune nuance dans les tons de noir… La présence d’Orson Welles à l’écran, même si le réalisateur le nie, a aussi un impact sur la mise en scène, car on peut percevoir dans certains plans une pointe du génie derrière Citizen Kane. Son jeu est peut-être un peu austère, mais il se reprend dans la portion romantique et est bien soutenu par Joan Fontaine dans cette excellente adaptation. 7,5/10

dimanche 15 avril 2007

BOBBY (2006)

Réalisé et écrit par Emilio Estevez.
(Vu le 14 avril 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.8 le 25 avril 2007)

6 juin 1968, aube de l’assassinat de Robert Kennedy à l’Ambassador Hotel, nous suivons l’existence d’une vingtaine de personnages qui s’y trouvait. Décidemment, l’année de la mort de Robert Altman, plusieurs cinéastes auront emprunté son style… En effet, Emilio Estevez profite de l’événement pour dresser un portrait social de l’Amérique. De plus, après une judicieuse référence à Grand Hotel (1932), autre chassé-croisé hôtelier avec une formidable brochette d’acteurs, il s’emploie à respecter l’idée tolstoïenne d’un événement historique, c’est-à-dire l’expliquer à travers les yeux des gens ordinaires présents, les personnages célèbres n’étant que le moteur de la volonté du peuple. La direction artistique (costumes, coiffures, décors) ne fait pas très époque; la direction d’acteurs est inconstante; et les dialogues s’enlisent parfois dans des considérations philosophiques correspondant peu aux personnages, mais la puissante finale nous le fait oublier et nous laisse avec le sentiment d’avoir assisté à une œuvre au message très honorable. 7/10

ERAGON (2006)

Réalisé par Stefen Fangmeir. Écrit par Peter Buchman d’après le livre de Christopher Paolini.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 10 avril 2007; format 150 mots)

Un jeune fermier, adolescent têtu aux cheveux châtains, devient, après la mort de son oncle, l’élu désigné pour sauver le monde d’un tyran et de son armée. Eh non! il ne s’agit pas du synopsis de Star Wars, mais bel et bien celui d’Eragon. La différence ici est que la Force se résume en un dragon… Edward Speleers réussit même à nous rappeler l’autre Skywalker en ayant le même jeu rigide et la même incapacité à porter un film sur ses épaules que Hayden Christensen. L’échec de cette adaptation fantastique est également explicable dans l’application que Peter Buchman et Stefen Fangmeir ont mise à s’aliéner leur jeune public. Le premier a attiré la foudre des fans du livre en le passant radicalement au sécateur et le second a repoussé les autres avec des effets spéciaux ordinaires (excepté le dragon), une réalisation maladroite et une direction artistique rappelant davantage un téléfilm. 4,5/10

lundi 9 avril 2007

THE GOOD SHEPHERD (2006)

Réalisé par Robert De Niro. Écrit par Eric Roth.
(Vu le 9 avril 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.8 le 25 avril 2007)

D’une fraternité aux allures maçonniques jusqu’au conflit de la Baie des Cochons en passant par la Deuxième Guerre mondiale, le complexe scénario d’Eric Roth (Munich, Forrest Gump) évoque la création de la CIA à travers les yeux d’un homme, Edward Wilson. Robert De Niro livre un second film moins personnel que son premier, A Bronx Tale, mais le fait avec un professionnalisme méticuleux, lequel n’aide toutefois pas à rendre cet univers gris au langage crypté très accessible au néophyte. L’impressionnant ensemble (Alec Baldwin, Billy Crudup, William Hurt, Angelina Jolie) joue avec vérité et implication malgré que certains soient sous-utilisés (John Turturro, Joe Pesci et De Niro lui-même) et que Matt Damon semble un peu jeune pour quelques aspects du rôle principal. Cette froide et longue chronique historique en laissera plusieurs de marbre, mais son côté informatif et ses qualités dramatiques captiveront tous ceux qui s’intéressent aux coulisses des secrets nationaux. 7/10

TURISTAS (2006)

Réalisé par John Stockwell. Écrit par Michael Ross.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 7 avril 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.8 le 25 avril 2007)

Au Brésil, le carambolage d’un autobus de touristes les amènera sur le chemin d’un réseau de trafic d’organes. Après une première demi-heure qui s’apparente davantage à une info-publicité du Club Med, avec ses décors paradisiaques ne servant qu’à offrir des filles en bikinis et non une superbe photographie ou, encore, une intrigue nous interpellant, nous avons droit à un scénario qui s’enfonce dans d’illogiques péripéties inintéressantes qui ne visent qu’à étirer la sauce avant d’offrir le gore à la Hostel attendu par le public. Ce dernier sera d’ailleurs sûrement déçu par ces scènes qui procurent le même frisson qu’un reportage sur les interventions chirurgicales… Ce qui était une bonne prémisse pour un film d’horreur ne se résume finalement qu’à un discours stéréotypé sur les dangers du voyage et la peur qu’on devrait avoir des étrangers, le tout assorti d’un monologue de docteur fou digne d’un film série-B des années 50. 3,5/10

samedi 7 avril 2007

THE PURSUIT OF HAPPYNESS (2006)

Réalisé par Gabriele Muccino. Écrit par Steve Conrad.
(Vu le 4 avril 2007; format 150 mots)

Durant l’ère Reagan, un vendeur fauché se voit quitter par sa femme. Il devra s’occuper seul de son enfant tout en essayant d’améliorer sa situation sociale avec un stage non rémunéré dans une firme boursière. Malgré qu’il s’agisse d’une énième version du rêve américain, ce récit inspiré de faits réels parvient à présenter un drame honnête. Cette réussite s’explique en partie par la réalisation de Gabriele Muccino, un Italien travaillant pour la première fois en terre américaine, qui apporte une certaine fraîcheur à l’œuvre. D’ailleurs, cette histoire d’un homme qui parcoure toute la ville avec son fils et qui tente de retrouver la dignité par le travail rappelle le synopsis du chef d’oeuvre néo-réaliste italien de Vittorio De Sica, Ladri di biciclette. Finalement, sans être un acteur avec habituellement beaucoup de profondeur dans son jeu, Will Smith livre ici, en compagnie de son propre fils, une performance touchante et naturelle. 7,5/10

mercredi 4 avril 2007

VOLVER (2006)

Réalisé et écrit par Pedro Almodovar.
(Vu le 3 avril 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.8 le 25 avril 2007)

À La Mancha, village où souffle un vent de folie, plusieurs veuves astiquent la tombe de leurs maris, décédés de façon fortuite…ou non. Parmi celles-ci, il y a Irene, qui se fait passer pour un spectre qui revient (d’où le titre) s’excuser auprès de sa fille. Ce monde de femmes, qui briseront enfin le cercle vicieux dans lequel les hommes les enferment, comprend de nombreux secrets. Comme l’on voit ceux-ci venir de loin, il ne faut pas regarder cette oeuvre dans le but d’être surpris par le dénouement, mais plutôt pour le jeu des acteurs (Penélope Cruz est devenue, et le mérite, la première Espagnole en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice) et la touche Almodovar. Mieux que La Mala educacion, Hable con ella demeure toutefois un meilleur point d’entrée de cet univers dans lequel des personnages colorés tentent de vivre, avec un semblant de normalité, des situations tordues. 7/10

lundi 2 avril 2007

HAPPY FEET (2006)

Réalisé par George Miller. Écrit par Warren Coleman, John Collee, Tyler Coppin, George Miller et Judy Morris.
(Vu le 1er avril 2007; format 150 mots)

Un petit pingouin est mis à l’écart de sa horde, car il ne sait pas chanter sa mélodie d’amour lui permettant de trouver une compagne. Il ne sait que danser, ce qui est mal vu. Cette petite fable sur l’acceptation des différences, l’affirmation de soi et le danger des changements climatiques est loin d’être le meilleur film d’animation cette année, malgré son Oscar prétendant le contraire. Néanmoins, il est sûrement le plus complexe techniquement avec ses nombreux medley d’airs connus, ses séquences de danse et ses scènes comprenant des humains réels. Cela n’empêche pas que, dans ce contexte, George Miller aurait pu choisir un registre de chansons plus large et intéressant, et inclure des chorégraphies rappelant l’âge d’or des comédie musicales avec Fred Astaire ou les mises en scène ballets jazz de Bob Fosse. Cette récréation familiale, malgré des longueurs et une fin bâclée, demeure tout de même très divertissante. 6,5/10