samedi 31 mars 2007

CASINO ROYALE (2006)

Réalisé par Martin Campbell. Scénario de Neal Purvis, Robert Wade et Paul Haggis d’après le roman de Ian Flemming.
(Vu le 29 mars 2007; format 150 mots; disponible également sur le site du journal Bang Bang www.bangbangtemort.com))

James Bond vient tout juste d’obtenir son statut de « 00 » et ne contrôle pas encore son ego dans l’accomplissement de ses missions lorsqu’il s’en voit confier une nouvelle : battre Le Chiffre au poker. Martin Campbell, qui avait redonné un souffle à la série avec GoldenEye, premier Bond mettant en vedette Pierre Brosnan, accomplit à nouveau son exploit. En effet, ce retour aux sources, qui n’en est pas un en fait, car il est en contradiction avec le personnage initial de Ian Flemming, est beaucoup plus intéressant cinématographiquement. Daniel Craig incarne un espion réaliste, violent, égoiste, en sueur et ensanglanté. Malgré les inévitables poursuites interminables et inutiles, et le fait que, dans ce nouveau contexte, les Bond Girls n’ont plus vraiment leur légitimité, les joutes de poker amènent la tension nécessaire et l’ensemble est fluide et enlevé. Assurément, le Bond le plus intéressant de la série depuis longtemps. 7,5/10

CHEECH (2006)

Réalisé par Patrice Sauvé. Écrit par François Létourneau.
(vu le 30 mars 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.7 le 12 avril 2007))

Ron, proxénète cherchant la paix intérieure dans les cassettes de détente, veut passer à l’étape suivante : placer ses prostitués dans un congrès. Le vol du « book » présentant ses filles rendra toutefois la chose difficile. Ce film, qui a d’abord été une pièce de théâtre à succès, n’a pas su trouver son public en salle. Peut-être celui-ci s’attendait-il davantage à une comédie qu’à un drame en voyant François Létourneau (Les Invincibles) et Patrice Robitaille (Horloge biologique) au générique. Une certaine pointe d’humour noir est en fait perceptible derrière les tribulations de ces personnages dépressifs et tous les acteurs jouent adéquatement, mais la mise en scène de Patrice Sauvé n’arrive pas à donner assez de relief à l’ensemble. La fin parvient à bien dénouer ce chassé-croisé et à nous faire vivre le vide profond ressenti par les personnages gravitant dans cet univers, mais, malheureusement, la sauce ne prend pas. 6/10

mercredi 28 mars 2007

SHOOTING DOGS (2005)

Réalisé par Michael Caton-Jones. Scénario de David Wolstencroft d’après une histoire de Richard Alwyn et David Belton.
(Vu le 28 mars 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no.7 le 12 avril 2007))

Avril 1994, un jeune enseignant travaille avec un prêtre missionnaire (John Hurt) à L’École Technique Officielle de Kigali. Dans ce camp de base de l’ONU, ils seront pris au cœur du génocide rwandais. Michael Caton-Jones, qui peut être un tâcheron à ses heures (Basic Instinct 2), crée ici un film personnel très respectueux du drame qui a été vécu. Malgré une cinématographie dépourvue de la chaude luminosité de l’Afrique, la sobriété de l’approche aide à vivre l’expérience de l’intérieur avec ces nombreuses scènes en dialecte local et une présentation sommaire du point de vue hutu. On assiste aussi à l’impuissance des Casques Bleus qui ne peuvent que fusiller des chiens pour des raisons sanitaires. Leur départ, avec les autres Européens sur place, condamnera les 2500 réfugiés tsutis. Plus cru que Hotel Rwanda, mieux écrit et sans l’intrigue amoureuse accaparante de Un dimanche à Kigali, ce film a toute sa légitimité. 7/10

ROMEO + JULIET (1996)

Réalisé par Baz Lurhmann. Scénario de Craig Pearce et Baz Lurhmann d’après la pièce de William Shakespeare.
(Commande du Journal Bang Bang; revu le 26 mars 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang vol. 2 no.7 le 12 avril 2007))

Eh non! Il ne s’agit pas d’une critique de la mouture québécoise de cette tragédie, mais bien d’une appréciation de la réédition de la version de Lurhmann. Celle-ci replace cet amour impossible dans un décor contemporain tout en conservant en partie le texte de Shakespeare, réussissant mieux dans cette entreprise que les dernières versions d’Hamlet ou d’Othello. Le réalisateur nous a prouvé avec Moulin Rouge! qu’il sait faire un film. Toutefois, sa mise en scène essaie ici d’incarner le summum du cool estampillé 1996 avec ses gros plans nerveux et son montage épileptique, ce qui a mal vieilli. Néanmoins, la direction artistique est éclatée à souhait et, malgré quelques intentions imprécises causées par la nature archaïque des dialogues, la chimie du couple DiCaprio-Danes fonctionne. Curieusement, la réédition s’intitule Music Edition en raison d’un nouveau documentaire sur cet aspect du film qui, outre Radiohead et l’utilisation efficace d’opéras, n’est pas mémorable. 6,5/10

dimanche 25 mars 2007

STRANGER THAN FICTION (2006)

Réalisé par Marc Foster. Écrit par Zach Helm.
(vu le 24 mars 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 no.7 le 12 avril 2007)

Un collecteur d’impôts vit une existence ordinaire jusqu’au jour où une voix dans sa tête ne commence à narrer ses moindres faits et gestes. Niant d’abord devenir fou, il n’a pas le choix de chercher de l’aide lorsque le narrateur annonce sa mort prochaine. Marc Foster (Finding Nerverland) utilise cette idée surfaite de la création rencontrant son créateur et réussit à en tirer son plein potentiel. Malheureusement, le tout reste à l’image de son personnage principal : calculé, commun et légèrement dépourvu d’âme. Ceci dit, Will Ferrell n’est jamais allé aussi loin dans l’exploration dramatique et son jeu limité sied bien au côté minimaliste de son rôle, quoique sa romance avec Maggie Gyllenhaal semble plutôt invraisemblable. Somme toute, un peu d’émotion point ici et là avec l’éveil du héros et la fin demeure assez touchante, mais cela n’empêche pas le film d’être souvent rien de plus qu’une mécanique bien huilée. 6,5/10

mercredi 21 mars 2007

BLOOD DIAMOND (2006)

Réalisé par Edward Zwick. Scénario de Charles Leavitt d’après une histoire de ce dernier et de C. Gaby Mitchell.
(vu le 20 mars 2007; format 150 mots)

Début des années 1990, une guerre civile, principalement financée par la vente de diamants, fait rage au Sierra Leone. Les destins d’un Africain, d’un contrebandier (Leonardo Di Caprio) et d’une journaliste se croiseront en raison d’un diamant brut enfoui dans la brousse. Edward Zwick (Glory, The Last Samourai) offre un film se voulant d’abord un divertissement. En ce sens, il crée des scènes de lutte armée efficaces et réalistes. Toutefois, on entre peu dans l’émotion et le conflit intérieur de ces gens. Aussi, les dialogues explicatifs sont toujours mis en scène dans le mouvement, diminuant ainsi leur importance. Pour leur part, malgré des monologues convenus, les acteurs jouent avec vigueur, particulièrement Djimon Hounsou, très touchant lorsque le montage lui en donne le temps. En bout de piste, ce film d’actions traîne en longueur, assis entre deux chaises, mais est très louable en raison de son petit côté éveilleur de conscience. 7/10

dimanche 18 mars 2007

JESUS CAMP (2006)

Réalisé par Heidi Ewing et Rachel Grady.
(vu le 18 mars 2007; format 150 mots)
Dès l’ouverture, avec ces préadolescents dansant militairement sur du Christian Rock, on pénètre dans le monde des Évangélistes, mouvement chrétien de droite américain. Cette nomination aux Oscars (meilleur documentaire) se concentre sur un camp estival biblique. Là-bas, on y entraîne de jeunes soldats de la bonne nouvelle, les exhortant à guerroyer les nombreux ennemis de la foi : les Musulmans, les pro-avortement, les scientifiques annonçant le réchauffement planétaire, les enseignants non-créationnistes, les Chrétiens mous, Harry Potter… Bref, au nom de l’amour de Jésus, on apprend à détester tout le monde. Le film présente aussi la puissance des 80 millions de membres de cette communauté, qui, avec leur lobbysme, réduisent la distance entre l’État et l’Église. Ironiquement, le président de leur association, après le tournage, a été forcé de quitter son poste en raison d’un scandale impliquant drogue et homosexualité. Cette expérience lourde, somme toute assez objective, en vaut vraiment la peine. 8/10