lundi 30 juillet 2007

ZODIAC (2007)

Réalisé par David Fincher. Écrit par James Vanderbilt d’après le livre de Robert Graysmith.
(vu le 28 juillet; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007 )

1969, un tueur en série s’autoproclamant "le Zodiac" commet de nombreux meurtres en Californie et aime se faire de la publicité via les médias. Basé sur les livres de Robert Graysmith, qui était caricaturiste au Chronicle de San Francisco durant ces événements qui ont inspiré le premier Dirty Harry, le nouveau David Fincher se veut beaucoup moins stylisé que certaines de ses productions antérieures (Se7en, Fight Club). Toutefois, cette approche sobre et factuelle laisse toute la place à l’excellent scénario de James Vanderbilt et au jeu irréprochable de Robert Downey Jr., Jake Gyllenhaal et Mark Ruffalo. Aussi excitant que All the President’s Men pour la portion journalistique, aussi mystifiant que JFK en ce qui concerne l’enquête, cette histoire d’obsession nous plonge réellement au cœur de l’action, entre les complications et coups bas entourant une investigation. Finalement, même si le tueur n’a jamais été officiellement arrêté, la conclusion se révèle satisfaisante. 8/10

samedi 28 juillet 2007

GWOEMUL (L’Hôte) (2006)

Réalisé par Joon-ho Bong. Écrit par Chul-hyun Baek, Jon-won Ha et Joon-ho Bong.
(Vu le 27 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.15 le 30 octobre 2007)
Le long métrage sud-coréen ayant battu le record d’assistance dans son pays natal arrive maintenant sur nos tablettes québécoises pour nous prouver que le film de monstre n’est pas mort! Avec un synopsis sorti tout droit d’une Série-B années 1950 (un déversement de produits toxiques provoque une mutation chez un animal marin qui sème terreur et destruction), Joon-ho Bong nous convie à bien plus avec ses nombreux thèmes : la peur des épidémies, la pollution, la désinformation et l’ingérence américaine. Ne comptant pas seulement sur les impressionnants effets spéciaux donnant vie à sa créature, croisement entre un calamar et un Tremors, le réalisateur mêle horreur, drame et humour. Même si cet amalgame n’est pas toujours savamment dosé et que le scénario se perd dans ses péripéties après un excellent début, les amateurs de fantastique devraient être satisfaits par cette œuvre colorée qui explore un sujet usé avec originalité et aplomb. 7/10

vendredi 27 juillet 2007

PERFUME : The Story of a Murderer (2006)

Réalisé par Tom Tykwer. Écrit par Andrew Birkin, Bernd Eichinger et Tom Tykwer d’après le roman de Patrick Suskind.
(Vu le 26 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.15 le 30 octobre 2007)

Adapté du best-seller de Patrick Suskind, ce nouveau film de Tom Tykwer suit la vie de Jean-Baptiste Grenouille, jeune homme au destin tragique dont l’incroyable odorat, le talent de parfumeur et l’obsession pour l’odeur d’une jeune fille l’amèneront à commettre de nombreux meurtres durant sa quête du parfum ultime. En s'appropriant un livre chéri par ses admirateurs qui reposait davantage sur la qualité évocatrice de ses champs lexicaux olfactifs que sur une intrigue captivante, le talentueux réalisateur de Cours, Lola, Cours s’attaque à un défi de taille, et réussit à le relever. Comme le livre, il nous convie à une réelle expérience sensorielle grâce à sa reconstitution parfaite d’un Paris dégoûtant du 18e siècle et à une direction artistique qui a presque tout raflé aux German Film Awards. Finalement, Ben Whisaw incarne un assassin torturé à souhait et pratiquement attendrissant. Quoiqu’un peu longue, cette improbable adaptation s’avère être une réussite. 7,5/10

mardi 17 juillet 2007

THE LAST WINTER (2006)

Réalisé par Larry Fessenden. Écrit par Robert Leaver et Larry Fessenden.
(vu dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blogue/mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 16 juillet 2007; format libre)

En Alaska, pays de l’or noir, des employés d’une compagnie pétrolière et des chercheurs environnementalistes cherchent à cohabiter paisiblement et à trouver un moyen pour que les États-Unis soient « indépendant énergiquement » quand des circonstances atmosphériques étranges poussent les membres de l’équipe à commettre des gestes incongrus et fatals. Ce qui pourrait bien être le dernier hiver sera assurément le leur.

Ave cette prémisse intéressante qui promet frissons et réflexion sur le réchauffement climatique, Larry Fessenden (Wendigo) nous convie à un film plutôt ordinaire. Le jeu des acteurs est très bien (Ron « Hellboy » Pearlman est plus qu’adéquat dans le rôle typique du chef bourru qui ne veut pas changer ses habitudes) et la réalisation est professionnelle, mais il manque un petit quelque chose pour rendre le tout excitant.

Surtout quand John Carpenter à visiter le même terrain de façon spectaculaire dans The Thing et que l’autre partie du synopsis, des esprits sortant du sol pour nous hanter et nous faire commettre des gestes irréparables, a également un air de déjà-vu.

Alors qu’un vent de folie atteint peu à peu l’équipe et que le mystère s’épaissit, certaines scènes de ce suspense procure la dose de stress attendue. Toutefois, on attend toujours de voir de quoi il s’agit réellement et, quand on finit par le savoir à la fin, on aurait préféré rester dans l’ignorance (une autre déception gracieuseté CGI.)

De plus, dans ce décor glacial, la cinématographie aurait pu être davantage atmosphérique et le rythme du montage épouse mal l’environnement, tentant de rendre son sujet trop palpitant pour son propre bien.

Tout de même, le traitement du thème se révèle intéressant, surtout quand on comprend que la plupart des environnementalistes sont subventionnés par les compagnies pour que, au final, leurs constatations n’atteignent pas le grand public et lorsqu’on suggère que ce n’est pas la nature qui s’adapte à nous, mais bien le contraire. Dans ce contexte, leur survie, et la nôtre, ne sera pas chose aisée.

Au final, le film ne se révèle jamais ennuyant, mais son potentiel dépassait le résultat (la finale où un personnage voit quelque chose de stupéfiant, mais pas nous, le démontre bien). Il est néanmoins certain qu’il fera de nombreux heureux les soirs de semaine lors de sa sortie en DVD. 5,5/10

LA NUIT DES HORLOGES (2007)

Écrit et réalisé par Jean Rollin.
(vu dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blogue/mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 16 juillet 2007; format libre)

D’abord intitulé « La nuit transfigurée », Jean Rollin a bien fait de changer le titre de son nouveau film, car c’est un véritable voyage dans le temps qu’il nous propose. Autour d’un synopsis plutôt mince (une jeune femme s’informe sur son oncle Michel Jean, cinéaste décédé et alter ego de Rollin, et pénètre peu à peu dans son monde allégorique à travers objets, personnages et fantasmes), il en profite pour revisiter sa carrière avec de nombreux extraits à l’appui. C’est ainsi à un véritable testament que nous convie le vénérable réalisateur de 68 ans, qui a d’ailleurs reçu un prix honorifique à Fantasia cette année pour l’ensemble de sa carrière.

Je l’avoue, c’était la première fois que j’assistais à un film de Jean Rollin, étrange expérience s’il en est une. D’abord rebuté par le jeu plaqué et récité des acteurs, je ne peux pas dire que j’ai haï au final ce poème gothique et surréaliste avec un fond de réflexion sur la mort.

Le sympathique et volubile cinéaste a affirmé, en guise de prologue à sa présentation, qu’il était heureux de présenter sa première mondiale au « Canada français » pour ainsi faire un pied de nez aux critiques parisiennes qui l’ont tant hué. C’est dans le même état d’esprit, pour répondre à ceux qui l’accusent d’être un pornographe, qu’il a engagé Ovidia, vedette porno, comme actrice principale. Ce choix pourrait toutefois donner de nouvelles munitions à ses détracteurs, car son jeu, sans vie ou sans nuance, est assez mauvais. C’est le cas d’ailleurs de la plupart des acteurs qui déclament leur texte ou ponctuent chacun de leurs mots par des tics faciaux, à l’exception peut-être de la vieille dame jouant le rôle de la gardienne des clés. Ainsi, Rollin sait vraiment choisir ses actrices pour leur plastique, mais peu pour leurs qualités dramatiques.

Par contre, il sait encore comment placer une caméra. Certains plans atmosphériques étaient excellents et ajoutaient au symbolisme de cette histoire où une création cherche son créateur. Également, la musique était intéressante (du moins, plus que celle des soupirs exaspérés de ma voisine, des rires aux mauvais moments ou des bancs qui claquaient quand une personne quittait la salle.)

Pour sa part, le montage, comme le montre ces cheveux de l’actrice qui changeaient d’une scène à l’autre, souffrait du temps qui a passé entre chaque jour du tournage pour des raisons budgétaires, détail que le réalisateur n’a pas eu peur de nous révéler avec candeur. De plus, même si certains extraits de ses vieux films arrivaient de façon plutôt abrupte dans le nouveau récit, je dois avouer que cela m’a donné le goût d’aller en revisiter, particulièrement ses premiers, fin 1960 début 1970, où la vampire est souvent assoiffée et toujours peu habillée.

Ce voyage dans le cerveau d’un créateur, qui suggère qu’il faut disséquer ses personnages ou les mettre à nu pour les comprendre et qui semblait présenter les déambulations d’un nouveau personnage « qui est soit mort, soit pas encore vivant » pendant que l’écrivain vit le syndrome de la page blanche, est tellement autoréférentiel qu’il ne peut être que pour les initiés.

Néanmoins, sans en être un moins moi-même, je ne regrette pas du tout d’avoir passé ma soirée en compagnie de ce personnage, tout a fait unique dans le paysage cinématographique français. Mais attention : « Rien n’est vrai ». 4/10

lundi 16 juillet 2007

RATATOUILLE (2007)

Réalisé par Brad Bird. Écrit par Jim Capobianco, Emily Cook, Kathy Greenberg, Jan Pinkava et Brad Bird.
(vu le 12 juillet 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.16 le 6 décembre 2007)

Un rat pas comme les autres aimant la cuisine fine se retrouve, après avoir été séparé de sa famille, dans les égouts parisiens sous le restaurant de Chef Gusteau. Grâce à son amour de la restauration et ses connaissances culinaires, il permettra l’ascension sociale d’un jeune homme maladroit. Malgré un début moins rocambolesque que certaines de leurs productions antérieures et un thème, l’importance de bien manger, intéressant davantage les adultes que les enfants, Pixar réussit encore l’exploit de créer des personnages auxquels on s’attache. Appuyée par des voix impeccables de Peter O’Toole, Ian Holm et Patton Oswalt, cette mise en situation un peu longuette installe à merveille l’excellent dernier tiers. Il ne s’agit peut-être pas d’un classique de la trempe de Toy Story ou de Monster Inc., mais ce touchant film d’animation sur l’accomplissement de soi malgré les obstacles et les préjugés prouve la suprématie de Pixar sur le genre. 8/10

THE TRIPPER (2006)

Réalisé par David Arquette. Écrit par Joe Harris et David Arquette.
(vu dans le cadre du festival Fantasia; également disponible sur le blog/Mission "Fanatique de Fantasia" au www.bangbangtemort.com; vu le 11 juillet 2007; format libre)

Un Hippie est quelque chose qui ressemble à Tarzan, déambule comme Jane et sent comme Cheetah (dixit Ronald Reagan, traduction maison)

Ouvrant avec cette citation, la première réalisation de David Arquette (le sympathique Dewey dans Scream, devenu par la suite « Monsieur Courtney Cox ») penche résolument vers la dérision, avec un amour prononcé pour les slashers des années 1970/1980.

Son prologue, qui explique comment la protection de la forêt peut engendrer un monstre républicain assoiffé de sang, est très engageant et réussi, comme l’a démontré les chauds applaudissements de cette salle à guichets fermés.

Le public s’est par contre fait un peu moins bruyant par la suite, et avec raison, alors que l’on suit une bande de hippies d’aujourd’hui se rendant dans un festival de musique au milieu de nulle part. En effet, cette horde droguée ne réussit pas à créer une ambiance fraternelle suffisamment engageante. Seul Jason Mewes (Jay dans les films de Kevin Smith) parvient à gagner notre sympathie et nos rires, mais il est malheureusement le premier à passer sous la hache.

Il s’agit ici d’une première réalisation et cela paraît, Arquette tombant dans la plupart des pièges : retours en arrière inutiles, montage aux effets trop nombreux, bruitage exagéré, scènes longuettes (la chanson…), blagues récurrentes sur Bush dont quelques unes tombent à plat, etc.

Néanmoins, le tout se révèle divertissant, surtout quand « Ronald Reagan » apparaît enfin dans son costume à la American Psycho et charcute tout et un chacun. De plus, les caméos sont appréciés, particulièrement Paul Reubens (Pee-Wee Herman) dans le rôle de l’organisateur radin. Finalement, en touchant à certains thèmes tels que l’horreur de la violence de la guerre projetée aux nouvelles et certaines erreurs de l’administration Reagan comme la désinstitutionalisation des patients en psychiatrie, Arquette ajoute de la dimension à son film même si celui-ci reste principalement en mode mineur. Le retour des Républicains : ça saigne! 5.5/10