mardi 30 janvier 2007

MANDERLAY (2005)

Écrit et réalisé par Lars Von Trier.
(vu le 27 janvier 2007 ; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)
Au domaine Manderlay, Grace vient en aide à des esclaves noirs et décide de leur enseigner la démocratie. Toutefois, n’est pas libre qui veut, tout n’est pas blanc ou noir ici-bas et, quand on n’est pas au cœur du problème, on l’interprète avec « les mauvaises lunettes ». Si on compare cette fable moralisatrice, dans laquelle ceux qui le désirent pourront établir des liens avec l’empêtrement des Américains en Iraq, avec son premier volet, elle n’y gagne pas au change. L’originalité du dépouillement scénique a perdu de son impact; Bryce Dallas Howard peint moins efficacement que Kidman les carences affectives de Grace; le rythme du récit est noyé dans la narration; et la morale perd de la force en pointant directement les Américains là où Dogville pouvait être davantage universel. Les fans du réalisateur seront sûrement comblés, mais Manderlay ajoute peu à l’œuvre originale, extrêmement puissante, et laisse passablement indifférent. 7/10

samedi 27 janvier 2007

BABEL (2006)

Réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu. Écrit par Guillermo Arriaga.
(vu le 26 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)

Troisième collaboration entre Alejandro Gonzalez Inarritu et son scénariste Guillermo Arriaga (21 Grams), ceux-ci projettent cette fois leurs chassés-croisés sur trois continents. Favori pour certains dans la course de l’Oscar du meilleur film, ce dernier ne remplit malheureusement pas toutes ses promesses. En effet, en alternant les séquences plutôt qu’en les montrant de façon successive comme ils l’avaient fait dans Amores Perros, notre intérêt n’est pas toujours maintenu de façon égale (spécialement dans la portion nipponne du récit qui détonne avec le reste et dont le lien l’unissant aux autres histoires est plutôt mince.) Nonobstant cela, la brochette d’acteurs jouent avec l’intensité désirée (Brad Pitt offre une prestation très sensible); l’extraordinaire musique de Gustavo Santaolalla aide à amener de l’émotion là où on sent un détachement de la part du réalisateur; les images sont très belles; et, ultimement, il est difficile de ne pas être secoué par ce fourre-tout émotif. 7,5/10

LADY VENGEANCE (Chinjeolhan geumjassi) (2005)

Réalisé par Chan-wook Park. Écrit par Seo-Gyeong Jeong et Chan-wook Park.
(vu le 25 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang Vol.2 No.3 le 14 février 2007)

Dernier volet de sa trilogie sur la vengeance (après Sympathy for Mr. Vengeance et Oldboy), Chan-wook Park met cette fois-ci en scène une jeune femme injustement accusée d’avoir enlevé et assassiné un enfant. Après treize ans de prison, elle peut enfin se venger. D’emblée, le générique nous propose les tons de la merveilleuse cinématographie à venir : blanc et rouge, couleurs de ces globules qui couleront à flots ou, encore, celles de la pureté qu’elle serait supposée ressentir après l’expiation sanglante désirée. La facture visuelle est particulièrement intéressante, mais complexifie parfois inutilement ce récit qui est, en fait, tout simple. Aussi, comme le réalisateur sud-coréen multiplie les retours en arrière, les ellipses et les narrateurs, certains pourraient y perdre leur latin. Donc, l’expérience est chargée, mais elle en vaut vraiment la peine. Enfin, la scène finale, alors que la vengeance devient collective, explore avec originalité ce thème surexploité. À voir. 8/10

jeudi 25 janvier 2007

SNAKES ON A PLANE (2006)

Réalisé par David R. Ellis. Écrit par John Hefferman, David Delessandro et Sebastian Gutierrez.
(vu le 24 janvier 2007; format 150 mots)

Dans un vol public, entouré de passagers faisant le tour des stéréotypes disponibles, un jeune surfeur est rapatrié à L.A pour témoigner dans une histoire de meurtre. Toutefois, un méchant gangster en veut à sa peau et sa solution est logique : infester l’avion de serpents. Ces reptiles digitaux sont bien sûr en furie et attaquent (si possible, sur des organes génitaux ou dans des orifices) d’une façon stratégique (d’abord, un chat; après, un vilain couple dans la toilettes et les pilotes; et, finalement, les passagers) pendant une zone de turbulence. Heureusement, Samuel L. Jackson est là pour faire preuve de sang froid. Bien entendu, le scénario est d’une stupidité affirmée. Ceci étant dit, l’action et les effets y sont assez efficaces et, si on veut passer une soirée de divertissement popcorn avec le cerveau éteint, aussi bien opter pour ce film qui, agréablement, ne se prend pas au sérieux. 6,5/10

samedi 20 janvier 2007

LE GUIDE DE LA PETITE VENGEANCE (2006)

Réalisé par Jean-François Pouliot. Écrit par Ken Scott.
(vu le 19 janvier 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol.2 no.2 le 31 janvier 2007)

Un comptable avec une vie morne décide, influencé par une nouvelle amitié, de se venger de son patron. Ceux qui chercheront, en raison du retour du tandem Jean-François Pouliot/Ken Scott, une histoire semblable à La Grande séduction seront terriblement déçus. Ce fut le cas de nombreux critiques et, en les lisant à la sortie du film, on se demandait si ce n’était pas cela le guide de la vengeance en question. Certes, le ton teinté d’humour noir ne fait pas très grand public; Marc Béland, acteur consacré au théâtre, semble parfois inconfortable dans son premier rôle principal au cinéma; le tout manque de fluidité dans la première moitié; et certains choix artistiques sont plutôt louches (le flashback de la manifestation…) Cependant, si on a la patience de laisser les mécanismes du scénario s’enclencher, il y a moyen d’apprécier cette expérience qui est, somme toute, assez unique dans notre paysage cinématographique. 6/10

LEONARD COHEN: I'M YOUR MAN (2005)

Réalisé par Lian Lunson.
(vu le 20 janvier 2007; format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang vol.2 no.2 le 31 janvier 2007)

En janvier 2005, plusieurs interprètes (dont Nick Cave, Martha Wainwrigth, les sœurs McGarrigle) rendirent hommage à Cohen. L’occasion devint le prétexte pour Lian Lunson de faire un documentaire sur ce dernier. Malheureusement, la plupart des performances ne valent pas les originaux et manquent de profondeur, dans la voix ou dans l’émotion, mais certaines sont très belles (comme If it be your will par Anthony, Sisters of Mercy par Beth Orton ou Chelsea Hotel No2 par Rufus Wainwright.) Si on oublie certains artifices inutiles et un montage agaçant, l’intérêt du film réside dans les entrevues qu’accorde Cohen. Livrées dans sa magnifique poésie personnelle, il discute de sa jeunesse à Montréal, de qui est Suzanne, de sa collaboration avec Phil Spector, de Janis Joplin, de sa rencontre avec son guide spirituel... Tout fan trouvera ces anecdotes d’un grand intérêt, tout comme sa performance finale de Tower of Song en compagnie de U2. 6,5/10

dimanche 14 janvier 2007

CONGORAMA (2006)

Réalisé et écrit par Philippe Falardeau.
(vu le 12 janvier 2007, format 150 mots; paru dans le journal Bang Bang Vol. 2 No.2 le 31 janvier 2007)

Deux histoires parallèles, un Belge adopté (Olivier Gourmet) recherchant sa vraie famille et un Québécois (Paul Ahmarani) essayant de retracer les plans d’une voiture électrique créée par son père, se recoupent et finissent par se compléter. Philippe Falardeau (La moitié gauche du frigo) nous offre vraiment ici un petit bijou. Après un début un peu lent, le montage se fragmente, nous faisant revivre, sous une nouvelle perspective, des événements déjà vus. Dès la première écoute, avec cette technique, on semble revisiter un film déjà chéri et on se sent réellement interpellé par ce que les personnages vivent. Dotée d’une belle cinématographie d’André Turpin (Un crabe dans la tête), cette collaboration Belgique-Québec est riche en références culturelles qui suggèrent que tout se connecte en ce bas monde et que la quête identitaire est universelle. Toutes ces couches narratives et ces degrés d’interprétation donnent un film qu’il faudra, avec plaisir, revoir. 8/10

POLLOCK (2000)

Réalisé par Ed Harris. Écrit par Barbara Turner et Susan Emshwiller d'après un livre de Steven Naifeh et Gregory White Smith.
(vu le 6 janvier; écrit dans le cadre d'un spécial sur les arts visuels dans le journal Bang Bang, publié dans le Bang Bang vol. 2 no.1 le 17 janvier 2007; format 150 mots)

Dans le cadre de ce spécial sur les arts visuels, on vous suggère de voir, si vous avez envie de vous plonger au cœur de la psyché de ce maître américain de l’expressionnisme abstrait, le film sur la vie de Jackson Pollock. Fasciné par le sujet depuis que son père lui avait donné sa biographie, Ed Harris réalise, produit et interprète le rôle de cette figure de proue du « dripping ». Il s’y plonge totalement, allant même jusqu’à prendre 30 livres pour montrer la déchéance finale de cet alcoolique dépressif qui vécut dans la pauvreté (ironiquement, une de ses toiles fut vendue 140 millions en novembre dernier.). Ce drame vaut bien sûr la peine pour la beauté visuelle des tableaux, mais surtout pour la qualité des interprétations. Marcia Gay Harden remporta d’ailleurs l’Oscar dans le rôle de la femme fidèle et bafouée qui intellectualisait son art pour lui. 7/10

mercredi 3 janvier 2007

NEIL YOUNG: HEART OF GOLD (2006)

Réalisé par Jonathan Demme.
(format 150 mots; vu le 2 janvier 2007, publié dans le journal Bang Bang Vol.2 No.1 le 17 janvier 2007)

Ce qui aurait pu être un simple outil promotionnel pour son album Prairie Wind se révèle en fait un document essentiel. En effet, ce concert se déroule peu de temps après que Neil Young ait été opéré pour une tumeur au cerveau. Comme ces chansons auraient pu être son chant de cygne, il en profite pour dire, avec une réelle émotion, un dernier mot sur tout ce qui lui est cher (son père, sa fille, sa guitare, sa prairie natale, Dieu.) De plus, le réalisateur de Silence of the lambs, Jonathan Demme, tourne le tout avec sobriété et expérience (le Stop Making Sense des Talkings Heads en 84, c’était lui.) Toutefois, le film, outre quelques entrevues au début, n’est que le concert (l’album et certains classiques) et, dans ce sens, si vous n’êtes pas déjà familier avec sa musique, vous risquez fort de vous y ennuyer. 7,5/10