mercredi 27 juin 2007

ZOO (2007)

Réalisé par Robinson Devor. Écrit par Charles Mudede et Robinson Devor.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 26 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

3 juillet 2005, un homme est laissé devant un hôpital de Seatle. Après enquête policière, les autorités conclurent que la perforation fatale de son colon avait été causée par une relation sexuelle impliquant un cheval.
À travers des interviews reconstituant l’événement, les réalisateurs élargissent leur documentaire, nominé à Sundance, à la zoophilie en général.
Les gens impliqués ne voulant pas témoigner devant caméra, nous avons seulement droit à des entrevues audio. Pour combler la portion visuelle, le directeur photo s’en donne à cœur joie avec des plans poétiques et des dramatisations qui démontrent un grand savoir-faire cinématographique. Heureusement, rien n’est présenté de façon explicite et le pire auquel on est convié consiste en ces hommes parlant avec sensualité de leurs chevaux.
Toutefois, on en apprend peu sur leur motivation à part qu’Internet leur est grandement utile et qu’ils n’ont pas l’impression de briser la loi. Un sénateur américain a d’ailleurs voulu rendre la bestialité illégale, mais n’a pas réussi en raison du flou existant autour du consentement animal.
Au final, ce film aux images et à la trame sonore mélancoliques est extrêmement beau, ce qui crée un étrange fossé avec son sujet «choquant», surtout quand ces conversations plutôt ordinaires visent l’empathie envers ces déviants sexuels et la compréhension de ceux-ci.
Fantasia est l’une des meilleures vitrines pour ce type de cinéma hybride, mais le traitement artistique et sérieux (on est loin ici de la scène finale de Clerks II) de ce sujet tabou pourrait peut-être rebuter les curieux. 6,5/10

BOSQUE DE SOMBRAS (The Backwoods) (2006)

Réalisé par Koldo Serra. Écrit par Jon Sagala et Koldo Serra.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 26 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Dans une campagne recluse de l’Espagne des années 1970, un couple en visite un autre. Alors que les hommes sont à la chasse, ils découvrent une fillette séquestrée dans une maison abandonnée.
Après un générique prometteur bercé par du Leonard Cohen, les conversations banales de ces deux couples à la dérive essaient de nous introduire dans un univers vraisemblable, mais, à l’instar de cette baignade nue entraperçue derrière un tronc d’arbre masquant le tout, elles nous préparent simplement à une oeuvre qui a de la difficulté à aller au bout de ses propositions.
En effet, ces altercations violentes en forêt et cette scène de viol tentent probablement de récréer la folie congénitale qui se tramait derrière la rencontre inattendue de Deliverance, mais cela n’a pas du tout le même impact, particulièrement 35 ans plus tard.
En fait, certaines scènes apportent la tension nécessaire, mais elles sont souvent alternées avec d’autres qui la neutralisent, surtout que cette volonté de réalisme ne cadre pas toujours avec les réactions des personnages.
Tout de même, excepté Virginie Ledoyen, la plupart des acteurs jouent dans le ton et la cinématographie est professionnelle. On se demande toutefois en regardant cette coproduction France/Espagne/Angleterre, outre la chance de jouer une bonne partie de ses répliques en espagnol, quel élément de ce scénario plutôt conventionnel a bien pu convaincre Gary Oldman d’y participer.
Certains festivaliers y trouveront probablement leur compte, mais cette fin ambiguë sur l’identité des réels détracteurs n’aidera sûrement pas à satisfaire qui que ce soit pleinement. 5/10

samedi 23 juin 2007

THE VERDICT (1982)

Réalisé par Sidney Lumet. Écrit par David Mamet d’après le livre de Barry Reed.
(Commande du journal Bang Bang; vu le 22 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)

Frank Galvin est un avocat fini, chassant les ambulances entre deux verres. S’accrochant à un cas de négligence médicale, il tente de regagner sa dignité et la foi en son métier. Malgré le titre, le verdict n’est pas l’attrait principal de l’impeccable scénario de David Mamet, mais plutôt ce qui se passe à l’extérieur de la cour. Dans la peau de cet homme cherchant rédemption, Paul Newman livre l’une de ses meilleures performances. Bien appuyé par Jack Warden, Charlotte Rampling et James Mason, il aurait probablement reçu un Oscar si ce n’avait pas été de l’incroyable performance de Ben Kingsley dans la peau de Gandhi cette année-là. En définitive, Sidney Lumet (12 Angry Men) nous offre un autre drame juridique essentiel. Cette réédition en deux disques est accompagnée d’une piste de commentaires du réalisateur et de son acteur principal, et d’environ une heure de documentaires abordant le sujet en surface. 7,5/10

DESU NÔTO (Death Note) (2006)

Réalisé par Shusuke Kaneko. Écrit par Tetsuya Oishi d’après les bandes dessinées de Tsugumi Öba et Takeshi Obata.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 21 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Ryuk, dieu du repos éternel, laisse par amusement son livre des morts entre les mains de Light, étudiant en droit. Réalisant qu’une personne décède lorsqu’il y inscrit un nom, celui-ci décide d’enrayer les criminels.
Adaptée d’une bande dessinée manga, cette histoire de Yin et de Yang est un véritable phénomène au Japon : succès populaire (meilleur film au Mainichi Film Concours), mais également critique (nomination pour meilleur film au Hong Kong Film Awards.)
Vu d’ici, sans connaître l’œuvre originale sur papier, l’impact est moins grand. En effet, Shusuke Kaneko offre une cinématographie terne et une réalisation plutôt classique s’effaçant derrière l’intrigue. Également, les effets spéciaux laissent à désirer : cet ange de la mort CGI ressemblent aux premières tentatives d’animation virtuelle des années 1990 et l’effet de pulsion visuelle qui agite l’écran lors des meurtres devient rapidement lassant.
En fait, pour que ce récit davantage policier que fantastique commence à être intéressant, il faut attendre que le personnage principal, avec sa conception naïve du bien et du mal, se mette à abuser de la puissance du livre, tout pouvoir absolu devenant nécessairement corrompu.
Heureusement, le jeu des acteurs principaux parvient à maintenir l’intérêt du scénario, particulièrement le jeune Ken’ichi Matsuyama dans la peau de L, excentrique génie policier.
Maintenant, il s’agit de voir si cette histoire manichéenne qui a connu un vif succès auprès des adolescents japonais saura trouver son public ici. Si c’est le cas, celui-ci se réjouira sûrement du fait que sa suite est également présentée au festival. 6/10

vendredi 22 juin 2007

KAWARE MATSUKO NO ISSHÔ (Memories of Matsuko) (2006)

Réalisé et écrit par Tetsuya Nakashima d’après le roman de Muneki Yamada.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 20 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Peu de gens ont une vie parfaite. En fait, c’est même le contraire pour la plupart. Matsuko Kawajiri (Miki Nakatani, récipiendaire du prix de l’Académie japonaise pour son rôle) fait partie de cette seconde catégorie. Nous découvrirons, à travers les souvenirs recueillis par son neveu, qui était cette dame venant d’être assassinée et pourquoi sa vie fut considérée insignifiante par son frère.
Empruntant à l’esthétique du vidéoclip, le montage épileptique, souvent surréaliste et accompagné de bruitage rappelle le début de Moulin Rouge!, surtout que certaines scènes sont chorégraphiées et chantées. Ici aussi, c’est lorsque l’intrigue décide de prendre son souffle que l’émotion apparaît et grandit cette œuvre dont la cinématographie est particulièrement onirique et inventive.
Il y a également du Amélie Poulain dans la maladresse du personnage et le côté bonbon de ses jeunes années, quoique ce qui l’attend est loin d’être rose. Commençant avec ce père froid, on la voit rechercher l’amour à travers les hommes de sa vie. Entre les moments où elle croit son existence terminée et ceux où elle a envie de chanter, on suit sa lente déchéance, d’enseignante à ermite obèse en passant par femme battue, masseuse érotique et meurtrière emprisonnée.
Au final, les seuls défauts du film sont sa longueur et sa richesse qui finissent par épuiser le spectateur. Cela n’empêche pas que cette histoire sur le pathétisme de la dépendance affective est franchement excellente. Assurément, Tetsuya Nakashima est un réalisateur à surveiller de près dans les années à venir. À ne pas manquer. 8/10

mercredi 20 juin 2007

VIVA (2007)

Écrit et réalisé par Anna Biller.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 19 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Pour son premier long métrage, Anna Biller, réalisatrice-scénariste-productrice-décoratrice-costumière-actrice, accomplit un exploit inattendu : transformer une oeuvre de sexploitation en film d'art!
S’inspirant de ce genre de la fin des années 1960, cette John Waters féminin a reconstitué, pendant 4 ans, cet univers stylisé jusque dans ses moindres détails : pour les yeux, elle a ces couleurs délavées, ces costumes flamboyants, ces décors élaborés et ce ratio 1:33 qui rappelle un vieux feuilleton de la Patridge Family; et, pour les oreilles, ces voix doublées en studio qui donnent ce petit décalage rendant les dialogues si faux.
D’ailleurs, ceux-ci renferment quelques perles du genre: « There’s nothing I like more than getting wet », dit au moment d’entrer dans la piscine, le tout suivi par une musique de circonstances avec basse slappée.
Derrière tout ce travail stylistique, il y a également (eh oui!) une histoire. Ainsi, nous suivons une jeune femme qui s’ennuie. Après s’être séparée de son mari, elle sera prise dans le tourbillon de la révolution sexuelle circa 1972.
À cela, la réalisatrice sous-tend un message sur les relations interpersonnelles rappelant que, au nom de leur libération, les femmes ont fait au final tout ce que les hommes leur dictaient en matière de sexualité. Au deuxième degré, cela donnerait donc un softporn féministe…!
Au bout de deux heures, cet exercice de style aux poitrines généreuses peut devenir lassant, surtout qu’il est séparé en vignettes qui font avancer l’intrigue très lentement, mais gageons qu’il divertira grandement les nombreux curieux (masculins) qu’il promet d’attirer. 7/10

mardi 19 juin 2007

THE 4TH LIFE (2006)

Réalisé par François Miron. Écrit par James Galwey et François Miron.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 18 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Dès l’ouverture de son premier long métrage, avec ces deux femmes nues s’embrassant langoureusement, François Miron nous plonge dans un univers aux relations fusionnelles. Par la suite, avec ces nombreux gros plans de yeux qui clignent face à la lumière, il nous fait également comprendre que celles-ci seront troubles.
Profitant du fait que son héroïne voit la réalité à travers une certaine distorsion, en raison de traumatismes de jeunesse, il étale ainsi son savoir-faire visuel acquis durant les 20 dernières années.
En effet, cet enseignant de cinéma à Concordia a créé un procédé particulier d’impression optique à travers ses nombreux courts métrages expérimentaux qui lui ont acquis une solide réputation.
C’est donc dans les courtes séquences, comme dans ce retour en arrière où le personnage principal assassine sa famille et qui rappelle le cinéma d’horreur italien des années 70, que le réalisateur réussit davantage, ce qui n’est pas nécessairement le cas de l’ensemble de l’œuvre.
Tout de même, cela devrait plaire aux amateurs de Lynch avec cette volonté de se jouer du spectateur, ce jeu d’acteur plaqué et cette trame narrative déconstruite, surtout que le look à la Noami Watts de son actrice et cette romance trouble au féminin nous ramène à Mulholland Dr.
Loin d’être une véritable réussite avec ce scénario confus, ces acteurs peu versatiles et ces dialogues faussement philosophiques, le film mérite, ne serait-ce que pour cette cinématographie travaillée et cette volonté d’expérimenter, qu’on aille encourager l’un des seuls longs métrages québécois présentés durant le festival. 4,5/10

FONG JUK (Exiled) (2006)

Réalisé par Johnny To. Écrit par Kam-Yuen Szeto et Tin-Shing Yip.
(Commande du journal Bang Bang dans le cadre du festival Fantasia; vu le 18 juin 2007; publié dans le Bang Bang Vol. 2 no. 11 le 4 juillet 2007; format 250 mots)

Alors qu’Election2, seconde entrée d’une série qui a été comparée à The Godfather, vient de prendre l’affiche au Cinéma du Parc, Fantasia nous offre également une dose de Johnny To!
Dans celle-ci, celui qui a été surnommé par certains le « Jerry Bruckheimer de Hong Kong», remet en scène une bonne partie de la bande de son film The Mission. Ici, ils sont quatre tueurs à gages de Macau qui ont pour mission d’assassiner un ancien confrère exilé, mais qui jugeront la fraternité et la loyauté plus importantes que l’argent.
Dès les premiers plans lancinants et cette musique aux guitares pleines de réverbération, l’ambiance d’un western spaghetti sur bitume est dressée. Ainsi, à l’aide de fusillades chorégraphiées parsemées de nuages de sang digitaux et d’une cinématographie compétente, le film nous transporte efficacement dans son univers stylisé.
Capable d’humour, comme lorsque les deux gangs, après une bataille commune, se retrouvent chez le même docteur illégal pour se faire soigner ou comme ces policiers inutiles, spectateurs dans leur incompétence, il s’agit de voir le moment où la veuve de l’exilé pense à l’infanticide et au suicide afin de rejoindre son défunt mari pour saisir que la production peut aussi être intense.
Au final, le synopsis de base est plutôt mince; les longs passages peu verbeux rendent parfois confuses les motivations des personnages; mais, peu importe si on ne sait pas qui veut tuer qui et pourquoi, on passe assurément du bon temps en compagnie de ces gangsters qui se la jouent cool. 7,5/10

lundi 18 juin 2007

HANNIBAL RISING (2007)

Réalisé par Peter Webber. Écrit par Thomas Harris d’après son roman.
(vu le 17 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)

Au cœur des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à la naissance du monstre social, Hannibal Lecter. Sans la tension de la joute psychologique entre Lecter et Clarice Starling qui faisait la réussite de Silence of the Lambs, on tombe ici dans le même piège que Hannibal de Ridley Scott, c’est-à-dire miser sur le côté spectaculaire du personnage ainsi que ses goûts culinaires. Signés par Thomas Harris, auteur de la saga, les dialogues manquent de cette rhétorique implacable qui le rendait si imposant. De plus, alors que son précédent film, Girl with a Pearl Earring, faisait preuve d’une démarche artistique et de subtilité, Peter Webber se conforme cette fois aux clichés d’un genre. Néanmoins, le choix de l’acteur français Gaspard Ulliel s’avère opportun. En effet, il parvient dans certaines scènes, surtout lorsque cela se transforme en récit de vengeance conventionnel, à incarner la cruauté machiavélique nécessaire au personnage. 5,5/10

jeudi 14 juin 2007

INDIGÈNES (2006)

Réalisé par Rachid Bouchareb. Écrit par Olivier Laurelle et Rachid Bouchareb.
(vu le 14 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)
Durant la Seconde Guerre mondiale, la France engage des «indigènes», c’est-à-dire des membres de ses colonies nord-africaines. Ceux-ci découvriront que Liberté, Égalité et Fraternité n’a pas le même sens pour tous. Nominé aux Oscars, ce drame, tourné en arabe et en français, a été récompensé aux Césars pour son scénario. De plus, même si l’intrigue demeure peu enlevée, le propos est très intéressant et les acteurs jouent avec conviction. Sami Bouajila est particulièrement bon dans le rôle de l’Algérien lettré qui veut de la dignité pour ses confrères et Jamel Debouze, quoique les intentions de son personnage ne soient pas toujours claires, représente bien le colonisé, soumis par son ignorance. Avec Joyeux Noël, cela fait un deuxième film de guerre français qui appelle à l’harmonie entre les peuples et, dans le cadre actuel des révoltes banlieusardes parisiennes et de l’élection de Sarkozy, ce message est d’autant plus important. 7/10

mercredi 13 juin 2007

BREACH (2007)

Réalisé par Billy Ray. Écrit par Adam Mazer, William Rotko et Billy Ray.
(vu le 12 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)
D’entrée de jeu, on ne nous cache pas le dénouement: Robert Hanssen (Chris Cooper), pire traître de l’histoire des États-Unis, a été condamné à vie pour avoir vendu des secrets nationaux aux Russes pendant plus de vingt ans. L’intérêt de ce fait véridique réside dans la manière dont un jeune commis voulant devenir agent du FBI (Ryan Phillippe) a su gagner la confiance de cet homme et faire éclater la vérité. La réelle force de ce David contre Goliath policier planifié jusque dans ses moindres détails est l’interprétation de Cooper. Celui-ci, récompensé pour Adaptation, pourrait peut-être être nominé à nouveau pour son incarnation de ce paranoïaque, qui teste constamment son entourage, torturé entre ses convictions religieuses maniaques et ses obsessions sexuelles. Phillippe est plutôt ordinaire, mais il nous entraîne efficacement, appuyé par ses collègues dont l’excellente Laura Linney, dans ce drame solennel et calculé qui ne cesse jamais d’être captivant. 7/10

dimanche 10 juin 2007

QUI A TIRÉ SUR MON FRÈRE? (2005)

Réalisé et écrit par German Gutiérrez et Carmen Garcia.
(Commande de Bang Bang; vu le 10 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)

Bercé par sa narration (disponible en français, anglais et espagnol), ce documentaire de German Gutierrez, Montréalais d’origine colombienne, présente son enquête visant à découvrir qui a tiré sur son frère Oscar, député gauchiste. Le réalisateur en profite également pour nous brosser un portrait sans concession de la Colombie, où il y a deux morts violentes par heure, où 70% de la population vit sous le seuil de la pauvreté et où le gouvernement actuel ne semble pas désirer une réelle démocratie. Un des arguments majeurs du réalisateur est d’ailleurs que ces iniquités sociales sont le réel problème de son pays natal et non ces conflits armés entre groupuscules motivés par la drogue et souvent financés par des multinationales américaines. Outre une ligne directrice qui n’est pas toujours claire, il s’agit d’un film poignant, avec une émotion souvent à fleur de peau, qui s’avère éclairant sur une réalité pas assez connue. 7,5/10

vendredi 8 juin 2007

THE U.S. VS. JOHN LENNON (2006)

Réalisé et écrit par David Leaf et John Scheinfeld.
(vu le 8 juin 2007; format 150 mots; paru dans le Bang Bang Vol.2 No.13 le 5 septembre 2007)

Ce documentaire se penche sur l’implication politique de Lennon et ses conséquences, notamment avec le FBI et le département de l’immigration. Davantage un cours d’histoire du Vietnam au Watergate, raconté du point de vue d’un activiste pacifique, le titre fait bien de mettre les U.S. devant Lennon. Néanmoins, malgré qu’il soit peu informatif, tout fan du Beatle devrait s’intéresser à ce film et à sa bande sonore, particulièrement si vous aimez sa carrière solo et ces titres qui ont fait de lui l’un des porte-étendards du mouvement Peace and Love. De plus, la liste des gens interviewés est éclectique et très intéressante, allant de Chomsky à l’administration Nixon, en passant par John Sinclair (condamné à 10 ans de prison pour deux joints et libéré grâce à un rallye auquel Lennon a participé), Bobby Seale (fondateur des Black Panthers), l’avocat qui leur a évité la déportation et, bien entendu, l’accessoire Yoko. 7/10

samedi 2 juin 2007

VENUS (2006)

Réalisé par Roger Michell. Écrit par Hanif Kureishi.
(vu le 1er juin 2007; format 150 mots; publié dans le Bang Bang vol. 2 no. 12 le 8 août 2007)
Un vieil acteur aimant beaucoup les femmes rencontre la jeune nièce de son meilleur ami et voit en elle la Venus de ses vieux jours. Dans le rôle du septuagénaire lubrique, Peter O’Toole complète majestueusement une feuille de route déjà impressionnante. Malheureusement, il se trouve peu servi par la réalisation de Roger Michell (Notting Hill). En effet, le montage, d’abord trop frénétique pour ses personnages aînés et ensuite hésitant à conclure, offre certains choix douteux. Également, sa jeune partenaire, Jodie Whittaker, va un peu trop loin dans le stéréotype de l’adolescence crasse, quoiqu’elle compose au final un personnage crédible. C’est plutôt dans ses contemporains, Vanessa Redgrave et Leslie Phillips, que l’interprète de Lawrence of Arabia trouve un appui de taille, ceux-ci se révélant drôles et touchants. Enfin, cette romance intergénérationnelle peu orthodoxe ne sera pas pour tous les goûts, mais mérite d’être vue pour ces légendes vivantes confirmant leur statut. 7/10