mardi 22 juillet 2008

Un Mois de juillet fantastique grâce à Fantasia!

(Commande du journal Bang Bang; compte rendu du festival Fantasia 2008; format 750 mots; publié dans le Bang Bang Vol.3 no.8 le 7 août 2008)

Pour la douzième fois, le meilleur festival de films de Montréal battait son plein à l’Université Concordia et c’est avec grand plaisir qu’on a tenté de voir le plus de films possibles. Tâche frustrante s’il en est une puisqu’il est humainement impossible de tout voir, le compte rendu suivant ne se base que sur le quart de la centaine des films présentés.

Tout d’abord, la qualité des films en langue espagnole était impressionnante cette année. [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, présenté dans le cadre de la série « Playback in Black » (films utilisant la caméra à la première personne) offrait un suspense et une horreur grandement plus efficace que les derniers prétendants (Cloverfield…) de ce genre qui est revenu dernièrement à la mode. À ne pas manquer quand ça va atterrir sur nos tablettes québécoises. Aussi, La Antenna, film argentin de Esteban Sapir, qui se voulait un hommage à l’expressionnisme allemand, était une réussite tant sur la forme que sur le fond. Troisième sur la liste, Los Cronocrimenes de Nacho Vigalondo était un divertissement très satisfaisant avec ses nombreux paradoxes temporels et le montage intelligent qui les accompagnait.

Également, dans les grandes réussites, un petit bijou suédois nous était offert : Let den ratte komma in de Tomas Alfredson. Histoire d’amour entre un adolescent de douze ans, intimidé à l’école, et sa nouvelle voisine de son âge qui se révèle être un vampire, le film évite tout sentimentalisme inutile, sans avoir peur des codes traditionnels du genre et les effusions de sang, et propose une cinématographie enneigée envoûtante et une maîtrise exceptionnelle. À voir absolument.

Une des grandes surprises du festival est sûrement Red de Trygve Allister Diesen et Lucky McGee. Basée sur un roman de Jack Ketchum, cette histoire d’un homme cherchant justice pour son chien abattu par des voyous et traitant notamment de la déresponsabilisation parentale est parsemée de performances d’acteurs incroyables (l’excellent Brian Cox) et a malheureusement été peu vue (une seule présentation peu achalandée.)

Aussi, les fans du productif Johnny To étaient servis cette année avec trois de ses films, dont Man jeuk, charmante comédie romantique à l’imagerie poétique influencée par la Nouvelle Vague française. De plus, Sun taam, plus dans ses cordes néo-noir habituelles, possède un scénario intrigant et un personnage central, interprété par Ching Wan Lau, mémorable dans sa douce folie.

Fantasia est également l’occasion pour voir des films tels que The End de Jeremy Thomas. Film albertin au budget inexistant qui est loin d’être sûr d’avoir un avenir en dehors du circuit des festivals, il cache derrière son look amateur rébarbatif un scénario intelligent sur la paranoïa qui réussit à captiver au fur et à mesure que l’histoire avance.

De nombreux films présentés, sans être exceptionnels, demeuraient des divertissements de qualité et Fantasia est l’endroit idéal pour les vivre au maximum, car la foule qui s’entasse dans les salles à guichets fermés crie aux bons moments, applaudit les actes de bravoure ou les têtes arrachées, et rit pour un rien. Parmi ceux-ci, Stuck de Stuart Gordon mérite d’être souligné. Alliant savamment suspense et humour noir, ce tourbillon de violence basé sur un fait vécu dans lequel s’engage le personnage de Mena Suvari après avoir frappé un itinérant avec sa voiture en dit long sur ce que quelqu’un peut faire pour ne pas faire face à ses responsabilités. Également, Jack Brooks : Monster Slayer de Jon Knautz, comédie d’horreur avec un nouveau héros made in Canada et un Robert Englund en forme se prêtant habilement aux gags physiques, a ses bons moments, tout comme All the Boys Love Mandy Lane de Jonathan Levine, slasher américain un peu convenu qui offre une cinématographie estampillée 1970 intéressante. Finalement, Suwito rein : Shinigami no seido livre une variante intéressante sur le personnage de la Mort et une puissante finale.

Bien entendu, certains films nous ont laissé de marbre (From Inside et Peur(s) du noir, deux films d’animation à l’imagerie intéressante, mais ne réussissant pas à avoir une histoire gardant l’attention; Ri-teon et Uri dongne, deux thrillers coréens aux prises avec des scénarios tortueux et manipulateurs), d’autres ont déçu (The Objective de Daniel Myrick, rendez-vous manqué avec le surnaturel) et certains étaient carrément mauvais (le confus Long Khong 2), mais on ne s’ennuie jamais à Fantasia.

Et un festival réussissant à être aussi éclectique et amusant, tout en présentant la perle occasionnelle et nous faisant regretter de manquer de nombreuses présentations parce qu’on a aussi une vie, mérite toute notre admiration. À l’an prochain!

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